Ilfallait sans doute que ce soit des Français qui, dans le cadre de l’hypothĂ©tique futur Village lunaire de l’Agence spatiale europĂ©enne (ESA), y pensent en premier : tout ça, c’est bien beau, mais qu’est-ce qu’on va manger de bon ?L’idĂ©e, dĂ©fendue par le directeur gĂ©nĂ©ral de l’ ESA Jan Wörner, d’une base d’habitation permanente sur la Lune qui serait mise en place CONTE – DĂšs 5 ans de BĂ©rengĂšre COURNUT, illustrĂ© par Donatien MARY Editions 2024 – 19€ Un drĂŽle de petit personnage a entendu l’histoire que le papa d’Anathilde lui racontait avant de fermer la lumiĂšre. Il fait soudain irruption dans sa chambre par la fenĂȘtre entrouverte
 Il est furieux et affirme que contrairement Ă  ce que disait le papa, la lune n’est pas dĂ©serte puisqu’il en est le roi !
 Et pour le prouver il entraĂźne la fillette dans sa PlusĂ©e » en direction de la lune et des lunarrs
 Un voyage pour lequel Anathilde est mise Ă  contribution, mais qui s’avĂšre Ă©poustouflant
 Elle dĂ©couvre un monde oĂč l’on se dĂ©place en bateau d’üle en Ăźle. Chacune est consacrĂ©e Ă  un jouet Ăźle aux peluches, Ăźle aux poupĂ©es
 Mais d’oĂč viennent ces jouets ?
. Elle va s’en apercevoir en suivant le roi de la lune Ă  la recherche d’un modĂšle de locomotive trĂšs rare. Un train que le roi de la lune rĂȘve de possĂ©der, mais qui est en la possession d’un jeune garçon
 Un personnage Ă©trange, capricieux, colĂ©rique et antipathique, Ă  la tĂȘte en forme de planĂšte vĂ©rolĂ©e et au ton agressif; une fillette en quĂȘte d’aventure qui le suit d’abord avant de rĂ©agir. Des illustrations loufoques et trĂšs gaies porteuses d’imaginaire. Une mise en page dynamique dans laquelle le texte en Ă©criture cursive participe avec la taille de sa police et sa mise en forme dans la page. Un album original, irrĂ©vĂ©rencieux et rĂ©jouissant ! Êtreune poule mouillĂ©e Se faire rouler dans la farine Être muet comme une tombe per-cou-rageause. que la sans . dans ar-raconte oit. dans fraises IJe ne veux pas Ă©crire un traitĂ© de la caricature ; je veux simplement faire part au lecteur de quelques rĂ©flexions qui me sont venues souvent au sujet de ce genre singulier. Ces rĂ©flexions Ă©taient devenues pour moi une espĂšce d'obsession ; j'ai voulu me soulager. J'ai fait, du reste, tous mes efforts pour y mettre un certain ordre et en rendre ainsi la digestion plus facile. Ceci est donc purement un article de philosophe et d'artiste. Sans doute une histoire gĂ©nĂ©rale de la caricature dans ses rapports avec tous les faits politiques et religieux, graves ou frivoles, relatifs Ă  l'esprit national ou Ă  la mode, qui ont agitĂ© l'humanitĂ©, est une Ɠuvre glorieuse et importante. Le travail est encore Ă  faire, car les essais publiĂ©s jusqu'Ă  prĂ©sent ne sont guĂšre que matĂ©riaux ; mais j'ai pensĂ© qu'il fallait diviser le travail. Il est clair qu'un ouvrage sur la caricature, ainsi compris, est une histoire de faits, une immense galerie anecdotique. Dans la caricature, bien plus que dans les autres branches de l'art, il existe deux sortes d'Ɠuvres prĂ©cieuses et recommandables Ă  des titres diffĂ©rents et presque contraires. Celles-ci ne valent que par le fait qu'elles reprĂ©sentent. Elles ont droit sans doute Ă  l'attention de l'historien, de l'archĂ©ologue et mĂȘme du philosophe ; elles doivent prendre leur rang dans les archives nationales, dans les registres biographiques de la pensĂ©e humaine. Comme les feuilles volantes du journalisme, elles disparaissent emportĂ©es par le souffle incessant qui en amĂšne de nouvelles ; mais les autres, et ce sont celles dont je veux spĂ©cialement m'occuper, contiennent un Ă©lĂ©ment mystĂ©rieux, durable, Ă©ternel, qui les recommande Ă  l'attention des artistes. Chose curieuse et vraiment digne d'attention que l'introduction de cet Ă©lĂ©ment insaisissable du beau jusque dans les Ɠuvres destinĂ©es Ă  reprĂ©senter Ă  l'homme sa propre laideur morale et physique ! Et, chose non moins mystĂ©rieuse, ce spectacle lamentable excite en lui une hilaritĂ© immortelle et incorrigible. VoilĂ  donc le vĂ©ritable sujet de cet scrupule me prend. Faut-il rĂ©pondre par une dĂ©monstration en rĂšgle Ă  une espĂšce de question prĂ©alable que voudraient sans doute malicieusement soulever certains professeurs jurĂ©s de sĂ©rieux, charlatans de la gravitĂ©, cadavres pĂ©dantesques sortis des froids hypogĂ©es de l'Institut, et revenus sur la terre des vivants, comme certains fantĂŽmes avares, pour arracher quelques sous Ă  de complaisants ministĂšres ? D'abord, diraient-ils, la caricature est-elle un genre ? Non, rĂ©pondraient leurs compĂšres, la caricature n'est pas un genre. J'ai entendu rĂ©sonner Ă  mes oreilles de pareilles hĂ©rĂ©sies dans des dĂźners d'acadĂ©miciens. Ces braves gens laissaient passer Ă  cĂŽtĂ© d'eux la comĂ©die de Robert Macaire sans y apercevoir de grands symptĂŽmes moraux et littĂ©raires. Contemporains de Rabelais, ils l'eussent traitĂ© de vil et de grossier bouffon. En vĂ©ritĂ©, faut-il donc dĂ©montrer que rien de ce qui sort de l'homme n'est frivole aux yeux du philosophe ? À coup sĂ»r ce sera, moins que tout autre, cet Ă©lĂ©ment profond et mystĂ©rieux qu'aucune philosophie n'a jusqu'ici analysĂ© Ă  allons donc nous occuper de l'essence du rire et des Ă©lĂ©ments constitutifs de la caricature. Plus tard, nous examinerons peut-ĂȘtre quelques-unes des Ɠuvres les plus remarquables produites en ce Sage ne rit qu'en tremblant. De quelles lĂšvres pleines d'autoritĂ©, de quelle plume parfaitement orthodoxe est tombĂ©e cette Ă©trange et saisissante maxime ? Nous vient-elle du roi philosophe de la JudĂ©e ? Faut-il l'attribuer Ă  Joseph de Maistre, ce soldat animĂ© de l'Esprit-Saint ? J'ai un vague souvenir de l'avoir lue dans un de ses livres, mais donnĂ©e comme citation, sans doute. Cette sĂ©vĂ©ritĂ© de pensĂ©e et de style va bien Ă  la saintetĂ© majestueuse de Bossuet ; mais la tournure elliptique de la pensĂ©e et la finesse quintessenciĂ©e me porteraient plutĂŽt Ă  en attribuer l'honneur Ă  Bourdaloue, l'impitoyable psychologue chrĂ©tien. Cette singuliĂšre maxime me revient sans cesse Ă  l'esprit depuis que j'ai conçu le projet de cet article, et j'ai voulu m'en dĂ©barrasser tout d' en effet, cette curieuse proposition Le Sage, c'est-Ă -dire celui qui est animĂ© de l'esprit du Seigneur, celui qui possĂšde la pratique du formulaire divin, ne rit, ne s'abandonne au rire qu'en tremblant. Le Sage tremble d'avoir ri ; le Sage craint le rire, comme il craint les spectacles mondains, la concupiscence. Il s'arrĂȘte au bord du rire comme au bord de la tentation. Il y a donc, suivant le Sage, une certaine contradiction secrĂšte entre son caractĂšre de sage et le caractĂšre primordial du rire. En effet, pour n'effleurer qu'en passant des souvenirs plus que solennels, je ferai remarquer, — ce qui corrobore parfaitement le caractĂšre officiellement chrĂ©tien de cette maxime, — que le Sage par excellence, le Verbe IncarnĂ©, n'a jamais ri. Aux yeux de Celui qui sait tout et qui peut tout, le comique n'est pas. Et pourtant le Verbe IncarnĂ© a connu la colĂšre, il a mĂȘme connu les notons bien ceci en premier lieu, voici un auteur, — un chrĂ©tien, sans doute, — qui considĂšre comme certain que le Sage y regarde de bien prĂšs avant de se permettre de rire, comme s'il devait lui en rester je ne sais quel malaise et quelle inquiĂ©tude, et, en second lieu, le comique disparaĂźt au point de vue de la science et de la puissance absolues. Or, en inversant les deux propositions, il en rĂ©sulterait que le rire est gĂ©nĂ©ralement l'apanage des fous, et qu'il implique toujours plus ou moins d'ignorance et de faiblesse. Je ne veux point m'embarquer aventureusement sur une mer thĂ©ologique, pour laquelle je ne serais sans doute pas muni de boussole ni de voiles suffisantes ; je me contente d'indiquer au lecteur et de lui montrer du doigt ces singuliers est certain, si l'on veut se mettre au point de vue de l'esprit orthodoxe, que le rire humain est intimement liĂ© Ă  l'accident d'une chute ancienne, d'une dĂ©gradation physique et morale. Le rire et la douleur s'expriment par les organes oĂč rĂ©sident le commandement et la science du bien ou du mal les yeux et la bouche. Dans le paradis terrestre qu'on le suppose passĂ© ou Ă  venir, souvenir ou prophĂ©tie, comme les thĂ©ologiens ou comme les socialistes, dans le paradis terrestre, c'est-Ă -dire dans le milieu oĂč il semblait Ă  l'homme que toutes les choses créées Ă©taient bonnes, la joie n'Ă©tait pas dans le rire. Aucune peine ne l'affligeant, son visage Ă©tait simple et uni, et le rire qui agite maintenant les nations ne dĂ©formait point les traits de sa face. Le rire et les larmes ne peuvent pas se faire voir dans le paradis de dĂ©lices. Ils sont Ă©galement les enfants de la peine, et ils sont venus parce que le corps de l'homme Ă©nervĂ© manquait de force pour les contraindre. Au point de vue de mon philosophe chrĂ©tien, le rire de ses lĂšvres est signe d'une aussi grande misĂšre que les larmes de ses yeux. L'Être qui voulut multiplier son image n'a point mis dans la bouche de l'homme les dents du lion, mais l'homme mord avec le rire ; ni dans ses yeux toute la ruse fascinatrice du serpent, mais il sĂ©duit avec les larmes. Et remarquez que c'est aussi avec les larmes que l'homme lave les peines de l'homme, que c'est avec le rire qu'il adoucit quelquefois son cƓur et l'attire ; car les phĂ©nomĂšnes engendrĂ©s par la chute deviendront les moyens du me permette une supposition poĂ©tique qui me servira Ă  vĂ©rifier la justesse de ces assertions, que beaucoup de personnes trouveront sans doute entachĂ©es de l'Ă  priori du mysticisme. Essayons, puisque le comique est un Ă©lĂ©ment damnable et d'origine diabolique, de mettre en face une Ăąme absolument primitive et sortant, pour ainsi dire, des mains de la nature. Prenons pour exemple la grande et typique figure de Virginie, qui symbolise parfaitement la puretĂ© et la naĂŻvetĂ© absolues. Virginie arrive Ă  Paris encore toute trempĂ©e des brumes de la mer et dorĂ©e par le soleil des tropiques, les yeux pleins des grandes images primitives des vagues, des montagnes et des forĂȘts. Elle tombe ici en pleine civilisation turbulente, dĂ©bordante et mĂ©phitique, elle, tout imprĂ©gnĂ©e des pures et riches senteurs de l'Inde ; elle se rattache Ă  l'humanitĂ© par la famille et par l'amour, par sa mĂšre et par son amant, son Paul, angĂ©lique comme elle, et dont le sexe ne se distingue pour ainsi dire pas du sien dans les ardeurs inassouvies d'un amour qui s'ignore. Dieu, elle l'a connu dans l'Ă©glise des Pamplemousses, une petite Ă©glise toute modeste et toute chĂ©tive, et dans l'immensitĂ© de l'indescriptible azur tropical, et dans la musique immortelle des forĂȘts et des torrents. Certes, Virginie est une grande intelligence ; mais peu d'images et peu de souvenirs lui suffisent, comme au Sage peu de livres. Or, un jour, Virginie rencontre par hasard, innocemment, au Palais-Royal, aux carreaux d'un vitrier, sur une table, dans un lieu public, une caricature ! une caricature bien appĂ©tissante pour nous, grosse de fiel et de rancune, comme sait les faire une civilisation perspicace et ennuyĂ©e. Supposons quelque bonne farce de boxeurs, quelque Ă©normitĂ© britannique, pleine de sang caillĂ© et assaisonnĂ©e de quelques monstrueux goddam ; ou, si cela sourit davantage Ă  votre imagination curieuse, supposons devant l'Ɠil de notre virginale Virginie quelque charmante et agaçante impuretĂ©, un Gavarni de ce temps-lĂ , et des meilleurs, quelque satire insultante contre des folies royales, quelque diatribe plastique contre le Parc-aux-Cerfs, ou les prĂ©cĂ©dents fangeux d'une grande favorite, ou les escapades nocturnes de la proverbiale Autrichienne. La caricature est double le dessin et l'idĂ©e le dessin violent, l'idĂ©e mordante et voilĂ©e ; complication d'Ă©lĂ©ments pĂ©nibles pour un esprit naĂŻf, accoutumĂ© Ă  comprendre d'intuition des choses simples comme lui. Virginie a vu ; maintenant elle regarde. Pourquoi ? Elle regarde l'inconnu. Du reste, elle ne comprend guĂšre ni ce que cela veut dire ni Ă  quoi cela sert. Et pourtant, voyez-vous ce reploiement d'ailes subit, ce frĂ©missement d'une Ăąme qui se voile et veut se retirer ? L'ange a senti que le scandale Ă©tait lĂ . Et, en vĂ©ritĂ©, je vous le dis, qu'elle ait compris ou qu'elle n'ait pas compris, il lui restera de cette impression je ne sais quel malaise, quelque chose qui ressemble Ă  la peur. Sans doute, que Virginie reste Ă  Paris et que la science lui vienne, le rire lui viendra ; nous verrons pourquoi. Mais, pour le moment, nous, analyste et critique, qui n'oserions certes pas affirmer que notre intelligence est supĂ©rieure Ă  celle de Virginie, constatons la crainte et la souffrance de l'ange immaculĂ© devant la qui suffirait pour dĂ©montrer que le comique est un des plus clairs signes sataniques de l'homme et un des nombreux pepins contenus dans la pomme symbolique, est l'accord unanime des physiologistes du rire sur la raison premiĂšre de ce monstrueux phĂ©nomĂšne. Du reste, leur dĂ©couverte n'est pas trĂšs-profonde et ne va guĂšre loin. Le rire, disent-ils, vient de la supĂ©rioritĂ©. Je ne serais pas Ă©tonnĂ© que devant cette dĂ©couverte le physiologiste se fĂ»t mis Ă  rire en pensant Ă  sa propre supĂ©rioritĂ©. Aussi, il fallait dire Le rire vient de l'idĂ©e de sa propre supĂ©rioritĂ©. IdĂ©e satanique s'il en fut jamais ! Orgueil et aberration ! Or, il est notoire que tous les fous des hĂŽpitaux ont l'idĂ©e de leur propre supĂ©rioritĂ© dĂ©veloppĂ©e outre mesure. Je ne connais guĂšre de fous d'humilitĂ©. Remarquez que le rire est une des expressions les plus frĂ©quentes et les plus nombreuses de la folie. Et voyez comme tout s'accorde quand Virginie, dĂ©chue, aura baissĂ© d'un degrĂ© en puretĂ©, elle commencera Ă  avoir l'idĂ©e de sa propre supĂ©rioritĂ©, elle sera plus savante au point de vue du monde, et elle dit qu'il y avait symptĂŽme de faiblesse dans le rire ; et, en effet, quel signe plus marquant de dĂ©bilitĂ© qu'une convulsion nerveuse, un spasme involontaire comparable Ă  l'Ă©ternuement, et causĂ© par la vue du malheur d'autrui ? Ce malheur est presque toujours une faiblesse d'esprit. Est-il un phĂ©nomĂšne plus dĂ©plorable que la faiblesse se rĂ©jouissant de la faiblesse ? Mais il y a pis. Ce malheur est quelquefois d'une espĂšce trĂšs-infĂ©rieure, une infirmitĂ© dans l'ordre physique. Pour prendre un des exemples les plus vulgaires de la vie, qu'y a-t-il de si rĂ©jouissant dans le spectacle d'un homme qui tombe sur la glace ou sur le pavĂ©, qui trĂ©buche au bout d'un trottoir, pour que la face de son frĂšre en JĂ©sus-Christ se contracte d'une façon dĂ©sordonnĂ©e, pour que les muscles de son visage se mettent Ă  jouer subitement comme une horloge Ă  midi ou un joujou Ă  ressorts ? Ce pauvre diable s'est au moins dĂ©figurĂ©, peut-ĂȘtre s'est-il fracturĂ© un membre essentiel. Cependant, le rire est parti, irrĂ©sistible et subit. Il est certain que si l'on veut creuser cette situation, on trouvera au fond de la pensĂ©e du rieur un certain orgueil inconscient. C'est lĂ  le point de dĂ©part moi, je ne tombe pas ; moi, je marche droit ; moi, mon pied est ferme et assurĂ©. Ce n'est pas moi qui commettrais la sottise de ne pas voir un trottoir interrompu ou un pavĂ© qui barre le romantique, ou, pour mieux dire, une des subdivisions de l'Ă©cole romantique, l'Ă©cole satanique, a bien compris cette loi primordiale du rire ; ou du moins, si tous ne l'ont pas comprise, tous, mĂȘme dans leurs plus grossiĂšres extravagances et exagĂ©rations, l'ont sentie et appliquĂ©e juste. Tous les mĂ©crĂ©ants de mĂ©lodrame, maudits, damnĂ©s, fatalement marquĂ©s d'un rictus qui court jusqu'aux oreilles, sont dans l'orthodoxie pure du rire. Du reste, ils sont presque tous des petits-fils lĂ©gitimes ou illĂ©gitimes du cĂ©lĂšbre voyageur Melmoth, la grande crĂ©ation satanique du rĂ©vĂ©rend Maturin. Quoi de plus grand, quoi de plus puissant relativement Ă  la pauvre humanitĂ© que ce pĂąle et ennuyĂ© Melmoth ? Et pourtant, il y a en lui un cĂŽtĂ© faible, abject, antidivin et antilumineux. Aussi comme il rit, comme il rit, se comparant sans cesse aux chenilles humaines, lui si fort, si intelligent, lui pour qui une partie des lois conditionnelles de l'humanitĂ©, physiques et intellectuelles, n'existent plus ! Et ce rire est l'explosion perpĂ©tuelle de sa colĂšre et de sa souffrance. Il est, qu'on me comprenne bien, la rĂ©sultante nĂ©cessaire de sa double nature contradictoire, qui est infiniment grande relativement Ă  l'homme, infiniment vile et basse relativement au Vrai et au Juste absolus. Melmoth est une contradiction vivante. Il est sorti des conditions fondamentales de la vie ; ses organes ne supportent plus sa pensĂ©e. C'est pourquoi ce rire glace et tord les entrailles. C'est un rire qui ne dort jamais, comme une maladie qui va toujours son chemin et exĂ©cute un ordre providentiel. Et ainsi le rire de Melmoth, qui est l'expression la plus haute de l'orgueil, accomplit perpĂ©tuellement sa fonction, en dĂ©chirant et en brĂ»lant les lĂšvres du rieur rĂ©sumons un peu, et Ă©tablissons plus visiblement les propositions principales, qui sont comme une espĂšce de thĂ©orie du rire. Le rire est satanique, il est donc profondĂ©ment humain. Il est dans l'homme la consĂ©quence de l'idĂ©e de sa propre supĂ©rioritĂ© ; et, en effet, comme le rire est essentiellement humain, il est essentiellement contradictoire, c'est-Ă -dire qu'il est Ă  la fois signe d'une grandeur infinie et d'une misĂšre infinie, misĂšre infinie relativement Ă  l'Être absolu dont il possĂšde la conception, grandeur infinie relativement aux animaux. C'est du choc perpĂ©tuel de ces deux infinis que se dĂ©gage le rire. Le comique, la puissance du rire est dans le rieur et nullement dans l'objet du rire. Ce n'est point l'homme qui tombe qui rit de sa propre chute, Ă  moins qu'il ne soit un philosophe, un homme qui ait acquis, par habitude, la force de se dĂ©doubler rapidement et d'assister comme spectateur dĂ©sintĂ©ressĂ© aux phĂ©nomĂšnes de son moi. Mais le cas est rare. Les animaux les plus comiques sont les plus sĂ©rieux ; ainsi les singes et les perroquets. D'ailleurs, supposez l'homme ĂŽtĂ© de la crĂ©ation, il n'y aura plus de comique, car les animaux ne se croient pas supĂ©rieurs aux vĂ©gĂ©taux, ni les vĂ©gĂ©taux aux minĂ©raux. Signe de supĂ©rioritĂ© relativement aux bĂȘtes, et je comprends sous cette dĂ©nomination les parias nombreux de l'intelligence, le rire est signe d'infĂ©rioritĂ© relativement aux sages, qui par l'innocence contemplative de leur esprit se rapprochent de l'enfance. Comparant, ainsi que nous en avons le droit, l'humanitĂ© Ă  l'homme, nous voyons que les nations primitives, ainsi que Virginie, ne conçoivent pas la caricature et n'ont pas de comĂ©dies les livres sacrĂ©s, Ă  quelques nations qu'ils appartiennent, ne rient jamais, et que, s'avançant peu Ă  peu vers les pics nĂ©buleux de l'intelligence, ou se penchant sur les fournaises tĂ©nĂ©breuses de la mĂ©taphysique, les nations se mettent Ă  rire diaboliquement du rire de Melmoth ; et, enfin, que si dans ces mĂȘmes nations ultra-civilisĂ©es, une intelligence, poussĂ©e par une ambition supĂ©rieure, veut franchir les limites de l'orgueil mondain et s'Ă©lancer hardiment vers la poĂ©sie pure, dans cette poĂ©sie, limpide et profonde comme la nature, le rire fera dĂ©faut comme dans l'Ăąme du le comique est signe de supĂ©rioritĂ© ou de croyance Ă  sa propre supĂ©rioritĂ©, il est naturel de croire qu'avant qu'elles aient atteint la purification absolue promise par certains prophĂštes mystiques, les nations verront s'augmenter en elles les motifs de comique Ă  mesure que s'accroĂźtra leur supĂ©rioritĂ©. Mais aussi le comique change de nature. Ainsi l'Ă©lĂ©ment angĂ©lique et l'Ă©lĂ©ment diabolique fonctionnent parallĂšlement. L'humanitĂ© s'Ă©lĂšve, et elle gagne pour le mal et l'intelligence du mal une force proportionnelle Ă  celle qu'elle a gagnĂ©e pour le bien. C'est pourquoi je ne trouve pas Ă©tonnant que nous, enfants d'une loi meilleure que les lois religieuses antiques, nous, disciples favorisĂ©s de JĂ©sus, nous possĂ©dions plus d'Ă©lĂ©ments comiques que la paĂŻenne antiquitĂ©. Cela mĂȘme est une condition de notre force intellectuelle gĂ©nĂ©rale. Permis aux contradicteurs jurĂ©s de citer la classique historiette du philosophe qui mourut de rire en voyant un Ăąne qui mangeait des figues, et mĂȘme les comĂ©dies d'Aristophane et celles de Plaute. Je rĂ©pondrai qu'outre que ces Ă©poques sont essentiellement civilisĂ©es, et que la croyance s'Ă©tait dĂ©jĂ  bien retirĂ©e, ce comique n'est pas tout Ă  fait le nĂŽtre. Il a mĂȘme quelque chose de sauvage, et nous ne pouvons guĂšre nous l'approprier que par un effort d'esprit Ă  reculons, dont le rĂ©sultat s'appelle pastiche. Quant aux figures grotesques que nous a laissĂ©es l'antiquitĂ©, les masques, les figurines de bronze, les Hercules tout en muscles, les petits Priapes Ă  la langue recourbĂ©e en l'air, aux oreilles pointues, tout en cervelet et en phallus, — quant Ă  ces phallus prodigieux sur lesquels les blanches filles de Romulus montent innocemment Ă  cheval, ces monstrueux appareils de la gĂ©nĂ©ration armĂ©e de sonnettes et d'ailes, je crois que toutes ces choses sont pleines de sĂ©rieux. VĂ©nus, Pan, Hercule, n'Ă©taient pas des personnages risibles. On en a ri aprĂšs la venue de JĂ©sus, Platon et SĂ©nĂšque aidant. Je crois que l'antiquitĂ© Ă©tait pleine de respect pour les tambours-majors et les faiseurs de tours de force en tout genre, et que tous les fĂ©tiches extravagants que je citais ne sont que des signes d'adoration, ou tout au plus des symboles de force, et nullement des Ă©manations de l'esprit intentionnellement comiques. Les idoles indiennes et chinoises ignorent qu'elles sont ridicules ; c'est en nous, chrĂ©tiens, qu'est le ne faut pas croire que nous soyons dĂ©barrassĂ©s de toute difficultĂ©. L'esprit le moins accoutumĂ© Ă  ces subtilitĂ©s esthĂ©tiques saurait bien vite m'opposer cette objection insidieuse Le rire est divers. On ne se rĂ©jouit pas toujours d'un malheur, d'une faiblesse, d'une infĂ©rioritĂ©. Bien des spectacles qui excitent en nous le rire sont fort innocents, et non-seulement les amusements de l'enfance, mais encore bien des choses qui servent au divertissement des artistes, n'ont rien Ă  dĂ©mĂȘler avec l'esprit de y a bien lĂ  quelque apparence de vĂ©ritĂ©. Mais il faut d'abord bien distinguer la joie d'avec le rire. La joie existe par elle-mĂȘme, mais elle a des manifestations diverses. Quelquefois elle est presque invisible ; d'autres fois, elle s'exprime par les pleurs. Le rire n'est qu'une expression, un symptĂŽme, un diagnostic. SymptĂŽme de quoi ? VoilĂ  la question. La joie est une. Le rire est l'expression d'un sentiment double, ou contradictoire ; et c'est pour cela qu'il y a convulsion. Aussi le rire des enfants, qu'on voudrait en vain m'objecter, est-il tout Ă  fait diffĂ©rent, mĂȘme comme expression physique, comme forme, du rire de l'homme qui assiste Ă  une comĂ©die, regarde une caricature, ou du rire terrible de Melmoth ; de Melmoth, l'ĂȘtre dĂ©classĂ©, l'individu situĂ© entre les derniĂšres limites de la patrie humaine et les frontiĂšres de la vie supĂ©rieure ; deMelmoth se croyant toujours prĂšs de se dĂ©barrasser de son pacte infernal, espĂ©rant sans cesse troquer ce pouvoir surhumain, qui fait son malheur, contre la conscience pure d'un ignorant qui lui fait envie. — Le rire des enfants est comme un Ă©panouissement de fleur. C'est la joie de recevoir, la joie de respirer, la joie de s'ouvrir, la joie de contempler, de vivre, de grandir. C'est une joie de plante. Aussi, gĂ©nĂ©ralement, est-ce plutĂŽt le sourire, quelque chose d'analogue au balancement de queue des chiens ou au ronron des chats. Et pourtant, remarquez bien que si le rire des enfants diffĂšre encore des expressions du contentement animal, c'est que ce rire n'est pas tout Ă  fait exempt d'ambition, ainsi qu'il convient Ă  des bouts d'hommes, c'est-Ă -dire Ă  des Satans en y a un cas oĂč la question est plus compliquĂ©e. C'est le rire de l'homme, mais rire vrai, rire violent, Ă  l'aspect d'objets qui ne sont pas un signe de faiblesse ou de malheur chez ses semblables. Il est facile de deviner que je veux parler du rire causĂ© par le grotesque. Les crĂ©ations fabuleuses, les ĂȘtres dont la raison, la lĂ©gitimation ne peut pas ĂȘtre tirĂ©e du code du sens commun, excitent souvent en nous une hilaritĂ© folle, excessive, et qui se traduit en des dĂ©chirements et des pĂąmoisons interminables. Il est Ă©vident qu'il faut distinguer, et qu'il y a lĂ  un degrĂ© de plus. Le comique est, au point de vue artistique, une imitation ; le grotesque, une crĂ©ation. Le comique est une imitation mĂȘlĂ©e d'une certaine facultĂ© crĂ©atrice, c'est-Ă -dire d'une idĂ©alitĂ© artistique. Or, l'orgueil humain, qui prend toujours le dessus, et qui est la cause naturelle du rire dans le cas du comique, devient aussi cause naturelle du rire dans le cas du grotesque, qui est une crĂ©ation mĂȘlĂ©e d'une certaine facultĂ© imitatrice d'Ă©lĂ©ments prĂ©existants dans la nature. Je veux dire que dans ce cas-lĂ  le rire est l'expression de l'idĂ©e de supĂ©rioritĂ©, non plus de l'homme sur l'homme, mais de l'homme sur la nature. Il ne faut pas trouver cette idĂ©e trop subtile ; ce ne serait pas une raison suffisante pour la repousser. Il s'agit de trouver une autre explication plausible. Si celle-ci paraĂźt tirĂ©e de loin et quelque peu difficile Ă  admettre, c'est que le rire causĂ© par le grotesque a en soi quelque chose de profond, d'axiomatique et de primitif qui se rapproche beaucoup plus de la vie innocente et de la joie absolue que le rire causĂ© par le comique de mƓurs. Il y a entre ces deux rires, abstraction faite de la question d'utilitĂ©, la mĂȘme diffĂ©rence qu'entre l'Ă©cole littĂ©raire intĂ©ressĂ©e et l'Ă©cole de l'art pour l'art. Ainsi le grotesque domine le comique d'une hauteur dĂ©sormais le grotesque comique absolu, comme antithĂšse au comique ordinaire, que j'appellerai comique significatif. Le comique significatif est un langage plus clair, plus facile Ă  comprendre pour le vulgaire, et surtout plus facile Ă  analyser, son Ă©lĂ©ment Ă©tant visiblement double l'art et l'idĂ©e morale ; mais le comique absolu, se rapprochant beaucoup plus de la nature, se prĂ©sente sous une espĂšce une, et qui veut ĂȘtre saisie par intuition. Il n'y a qu'une vĂ©rification du grotesque, c'est le rire, et le rire subit ; en face du comique significatif, il n'est pas dĂ©fendu de rire aprĂšs coup ; cela n'argue pas contre sa valeur ; c'est une question de rapiditĂ© d' dit comique absolu ; il faut toutefois prendre garde. Au point de vue de l'absolu dĂ©finitif, il n'y a plus que la joie. Le comique ne peut ĂȘtre absolu que relativement Ă  l'humanitĂ© dĂ©chue, et c'est ainsi que je l' trĂšs-relevĂ©e du comique absolu en fait l'apanage des artistes supĂ©rieurs qui ont en eux la rĂ©ceptibilitĂ© suffisante de toute idĂ©e absolue. Ainsi l'homme qui a jusqu'Ă  prĂ©sent le mieux senti ces idĂ©es, et qui en a mis en Ɠuvre une partie dans des travaux de pure esthĂ©tique et aussi de crĂ©ation, est ThĂ©odore Hoffmann. Il a toujours bien distinguĂ© le comique ordinaire du comique qu'il appelle comique innocent. Il a cherchĂ© souvent Ă  rĂ©soudre en Ɠuvres artistiques les thĂ©ories savantes qu'il avait Ă©mises didactiquement, ou jetĂ©es sous la forme de conversations inspirĂ©es et de dialogues critiques ; et c'est dans ces mĂȘmes Ɠuvres que je puiserai tout Ă  l'heure les exemples les plus Ă©clatants, quand j'en viendrai Ă  donner une sĂ©rie d'applications des principes ci-dessus Ă©noncĂ©s et Ă  coller un Ă©chantillon sous chaque titre de nous trouvons dans le comique absolu et le comique significatif des genres, des sous-genres et des familles. La division peut avoir lieu sur diffĂ©rentes bases. On peut la construire d'abord d'aprĂšs une loi philosophique pure, ainsi que j'ai commencĂ© Ă  le faire, puis d'aprĂšs la loi artistique de crĂ©ation. La premiĂšre est créée par la sĂ©paration primitive du comique absolu d'avec le comique significatif ; la seconde est basĂ©e sur le genre de facultĂ©s spĂ©ciales de chaque artiste. Et, enfin, on peut aussi Ă©tablir une classification de comiques suivant les climats et les diverses aptitudes nationales. Il faut remarquer que chaque terme de chaque classification peut se complĂ©ter et se nuancer par l'adjonction d'un terme d'une autre, comme la loi grammaticale nous enseigne Ă  modifier le substantif par l'adjectif. Ainsi, tel artiste allemand ou anglais est plus ou moins propre au comique absolu, et en mĂȘme temps il est plus ou moins idĂ©alisateur. Je vais essayer de donner des exemples choisis de comique absolu et significatif, et de caractĂ©riser briĂšvement l'esprit comique propre Ă  quelques nations principalement artistes, avant d'arriver Ă  la partie oĂč je veux discuter et analyser plus longuement le talent des hommes qui en ont fait leur Ă©tude et leur exagĂ©rant et poussant aux derniĂšres limites les consĂ©quences du comique significatif, on obtient le comique fĂ©roce, de mĂȘme que l'expression synonymique du comique innocent, avec un degrĂ© de plus, est le comique France, pays de pensĂ©e et de dĂ©monstration claires, oĂč l'art vise naturellement et directement Ă  l'utilitĂ©, le comique est gĂ©nĂ©ralement significatif. MoliĂšre fut dans ce genre la meilleure expression française ; mais comme le fond de notre caractĂšre est un Ă©loignement de toute chose extrĂȘme, comme un des diagnostics particuliers de toute passion française, de toute science, de tout art français est de fuir l'excessif, l'absolu et le profond, il y a consĂ©quemment ici peu de comique fĂ©roce ; de mĂȘme notre grotesque s'Ă©lĂšve rarement Ă  l' qui est le grand maĂźtre français en grotesque, garde au milieu de ses plus Ă©normes fantaisies quelque chose d'utile et de raisonnable. Il est directement symbolique. Son comique a presque toujours la transparence d'un apologue. Dans la caricature française, dans l'expression plastique du comique, nous retrouverons cet esprit dominant. Il faut l'avouer, la prodigieuse bonne humeur poĂ©tique nĂ©cessaire au vrai grotesque se trouve rarement chez nous Ă  une dose Ă©gale et continue. De loin en loin, on voit rĂ©apparaĂźtre le filon ; mais il n'est pas essentiellement national. Il faut mentionner dans ce genre quelques intermĂšdes de MoliĂšre, malheureusement trop peu lus et trop peu jouĂ©s, entre autres ceux du Malade imaginaire et du Bourgeois gentilhomme, et les figures carnavalesques de Callot. Quant au comique des Contes de Voltaire, essentiellement français, il tire toujours sa raison d'ĂȘtre de l'idĂ©e de supĂ©rioritĂ© ; il est tout Ă  fait rĂȘveuse Germanie nous donnera d'excellents Ă©chantillons de comique absolu. LĂ  tout est grave, profond, excessif. Pour trouver du comique fĂ©roce et trĂšs-fĂ©roce, il faut passer la Manche et visiter les royaumes brumeux du spleen. La joyeuse, bruyante et oublieuse Italie abonde en comique innocent. C'est en pleine Italie, au cƓur du carnaval mĂ©ridional, au milieu du turbulent Corso, que ThĂ©odore Hoffmann a judicieusement placĂ© le drame excentrique de laPrincesse Brambilla. Les Espagnols sont trĂšs-bien douĂ©s en fait de comique. Ils arrivent vite au cruel, et leurs fantaisies les plus grotesques contiennent souvent quelque chose de garderai longtemps le souvenir de la premiĂšre pantomime anglaise que j'aie vu jouer. C'Ă©tait au théùtre des VariĂ©tĂ©s, il y a quelques annĂ©es. Peu de gens s'en souviendront sans doute, car bien peu ont paru goĂ»ter ce genre de divertissement, et ces pauvres mimes anglais reçurent chez nous un triste accueil. Le public français n'aime guĂšre ĂȘtre dĂ©paysĂ©. Il n'a pas le goĂ»t trĂšs-cosmopolite, et les dĂ©placements d'horizon lui troublent la vue. Pour mon compte, je fus excessivement frappĂ© de cette maniĂšre de comprendre le comique. On disait, et c'Ă©taient les indulgents, pour expliquer l'insuccĂšs, que c'Ă©taient des artistes vulgaires et mĂ©diocres, des doublures ; mais ce n'Ă©taitpas lĂ  la question. Ils Ă©taient Anglais, c'est lĂ  l' m'a semblĂ© que le signe distinctif de ce genre de comique Ă©tait la violence. Je vais en donner la preuve par quelques Ă©chantillons de mes le Pierrot n'Ă©tait pas ce personnage pĂąle comme la lune, mystĂ©rieux comme le silence, souple et muet comme le serpent, droit et long comme une potence, cet homme artificiel, mĂ» par des ressorts singuliers, auquel nous avait accoutumĂ©s le regrettable Debureau. Le Pierrot anglais arrivait comme la tempĂȘte, tombait comme un ballot, et quand il riait, son rire faisait trembler la salle ; ce rire ressemblait Ă  un joyeux tonnerre. C'Ă©tait un homme court et gros, ayant augmentĂ© sa prestance par un costume chargĂ© de rubans, qui faisaient autour de sa jubilante personne l'office des plumes et du duvet autour des oiseaux, ou de la fourrure autour des angoras. Par-dessus la farine de son visage, il avait collĂ© crĂ»ment, sans gradation, sans transition, deux Ă©normes plaques de rouge pur. La bouche Ă©tait agrandie par une prolongation simulĂ©e des lĂšvres au moyen de deux bandes de carmin, de sorte que, quand il riait, la gueule avait l'air de courir jusqu'aux au moral, le fond Ă©tait le mĂȘme que celui du Pierrot que tout le monde connaĂźt insouciance et neutralitĂ©, et partant accomplissement de toutes les fantaisies gourmandes et rapaces au dĂ©triment, tantĂŽt de Harlequin, tantĂŽt de Cassandre ou de LĂ©andre. Seulement, lĂ  oĂč Debureau eĂ»t trempĂ© le bout du doigt pour le lĂ©cher, il y plongeait les deux poings et les deux toutes choses s'exprimaient ainsi dans cette singuliĂšre piĂšce, avec emportement ; c'Ă©tait le vertige de l' passe devant une femme qui lave le carreau de sa porte aprĂšs lui avoir dĂ©valisĂ© les poches, il veut faire passer dans les siennes l'Ă©ponge, le balai, le baquet et l'eau elle-mĂȘme. — Quant Ă  la maniĂšre dont il essayait de lui exprimer son amour, chacun peut se le figurer par les souvenirs qu'il a gardĂ©s de la contemplation des mƓurs phanĂ©rogamiques des singes, dans la cĂ©lĂšbre cage du Jardin-des-Plantes. Il faut ajouter que le rĂŽle de la femme Ă©tait rempli par un homme trĂšs-long et trĂšs-maigre, dont la pudeur violĂ©e jetait les hauts cris. C'Ă©tait vraiment une ivresse de rire, quelque chose de terrible et d' je ne sais quel mĂ©fait, Pierrot devait ĂȘtre finalement guillotinĂ©. Pourquoi la guillotine au lieu de la pendaison, en pays anglais ?
 Je l'ignore ; sans doute pour amener ce qu'on va voir. L'instrument funĂšbre Ă©tait donc lĂ  dressĂ© sur des planches françaises, fort Ă©tonnĂ©es de cette romantique nouveautĂ©. AprĂšs avoir luttĂ© et beuglĂ© comme un bƓuf qui flaire l'abattoir, Pierrot subissait enfin son destin. La tĂȘte se dĂ©tachait du cou, une grosse tĂȘte blanche et rouge, et roulait avec bruit devant le trou du souffleur, montrant le disque saignant du cou, la vertĂšbre scindĂ©e, et tous les dĂ©tails d'une viande de boucherie rĂ©cemment taillĂ©e pour l'Ă©talage. Mais voilĂ  que, subitement, le torse raccourci, mĂ» par la monomanie irrĂ©sistible du vol, se dressait, escamotait victorieusement sa propre tĂȘte, comme un jambon ou une bouteille de vin, et, bien plus avisĂ© que le grand saint Denis, la fourrait dans sa poche !Avec une plume tout cela est pĂąle et glacĂ©. Comment la plume pourrait-elle rivaliser avec la pantomime ? La pantomime est l'Ă©puration de la comĂ©die ; c'en est la quintessence ; c'est l'Ă©lĂ©ment comique pur, dĂ©gagĂ© et concentrĂ©. Aussi, avec le talent spĂ©cial des acteurs anglais pour l'hyperbole, toutes ces monstrueuses farces prenaient-elles une rĂ©alitĂ© singuliĂšrement des choses les plus remarquables comme comique absolu, et, pour ainsi dire, comme mĂ©taphysique du comique absolu, Ă©tait certainement le dĂ©but de cette belle piĂšce, un prologue plein d'une haute esthĂ©tique. Les principaux personnages de la piĂšce, Pierrot, Cassandre, Harlequin, Colombine, LĂ©andre, sont devant le public, bien doux et bien tranquilles. Ils sont Ă  peu prĂšs raisonnables et ne diffĂšrent pas beaucoup des braves gens qui sont dans la salle. Le souffle merveilleux qui va les faire se mouvoir extraordinairement n'a pas encore soufflĂ© sur leurs cervelles. Quelques jovialitĂ©s de Pierrot ne peuvent donner qu'une pĂąle idĂ©e de ce qu'il fera tout Ă  l'heure. La rivalitĂ© de Harlequin et de LĂ©andre vient de se dĂ©clarer. Une fĂ©e s'intĂ©resse Ă  Harlequin c'est l'Ă©ternelle protectrice des mortels amoureux et pauvres. Elle lui promet sa protection, et, pour lui en donner une preuve immĂ©diate, elle promĂšne avec un geste mystĂ©rieux et plein d'autoritĂ© sa baguette dans les le vertige est entrĂ©, le vertige circule dans l'air ; on respire le vertige ; c'est le vertige qui remplit les poumons et renouvelle le sang dans le que ce vertige ? C'est le comique absolu ; il s'est emparĂ© de chaque ĂȘtre. LĂ©andre, Pierrot, Cassandre, font des gestes extraordinaires, qui dĂ©montrent clairement qu'ils se sentent introduits de force dans une existence nouvelle. Ils n'en ont pas l'air fĂąchĂ©. Ils s'exercent aux grands dĂ©sastres et Ă  la destinĂ©e tumultueuse qui les attend, comme quelqu'un qui crache dans ses mains et les frotte l'une contre l'autre avant de faire une action d'Ă©clat. Ils font le moulinet avec leurs bras, ils ressemblent Ă  des moulins Ă  vent tourmentĂ©s par la tempĂȘte. C'est sans doute pour assouplir leurs jointures, ils en auront besoin. Tout cela s'opĂšre avec de gros Ă©clats de rire, pleins d'un vaste contentement ; puis ils sautent les uns par-dessus les autres, et leur agilitĂ© et leur aptitude Ă©tant bien dĂ»ment constatĂ©es, suit un Ă©blouissant bouquet de coups de pied, de coups de poing et de soufflets qui font le tapage et la lumiĂšre d'une artillerie ; mais tout cela est sans rancune. Tous leurs gestes, tous leurs cris, toutes leurs mines disent La fĂ©e l'a voulu, la destinĂ©e nous prĂ©cipite, je ne m'en afflige pas ; allons ! courons ! Ă©lançons-nous ! Et ils s'Ă©lancent Ă  travers l'Ɠuvre fantastique, qui, Ă  proprement parler, ne commence que lĂ , c'est-Ă -dire sur la frontiĂšre du et Colombine, Ă  la faveur de ce dĂ©lire, se sont enfuis en dansant, et d'un pied lĂ©ger ils vont courir les un exemple celui-lĂ  est tirĂ© d'un auteur singulier, esprit trĂšs-gĂ©nĂ©ral, quoi qu'on en dise, et qui unit Ă  la raillerie significative française la gaietĂ© folle, mousseuse et lĂ©gĂšre des pays du soleil, en mĂȘme temps que le profond comique germanique. Je veux encore parler d' le conte intitulĂ© Daucus Carota, le Roi des Carottes, et par quelques traducteurs la FiancĂ©e du roi, quand la grande troupe des Carottes arrive dans la cour de la ferme oĂč demeure la fiancĂ©e, rien n'est plus beau Ă  voir. Tous ces petits personnages d'un rouge Ă©carlate comme un rĂ©giment anglais, avec un vaste plumet vert sur la tĂȘte comme les chasseurs de carrosse, exĂ©cutent des cabrioles et des voltiges merveilleuses sur de petits chevaux. Tout cela se meut avec une agilitĂ© surprenante. Ils sont d'autant plus adroits et il leur est d'autant plus facile de retomber sur la tĂȘte, qu'elle est plus grosse et plus lourde que le reste du corps, comme les soldats en moelle de sureau qui ont un peu de plomb dans leur malheureuse jeune fille, entichĂ©e de rĂȘves de grandeur, est fascinĂ©e par ce dĂ©ploiement de forces militaires. Mais qu'une armĂ©e Ă  la parade estdiffĂ©rente d'une armĂ©e dans ses casernes, fourbissant ses armes, astiquant son fourniment, ou, pis encore, ronflant ignoblement sur ses lits de camps puants et sales ! VoilĂ  le revers de la mĂ©daille ; car tout ceci n'Ă©tait que sortilĂ©ge, appareil de sĂ©duction. Son pĂšre, homme prudent et bien instruit dans la sorcellerie, veut lui montrer l'envers de toutes ces splendeurs. Ainsi, Ă  l'heure oĂč les lĂ©gumes dorment d'un sommeil brutal, ne soupçonnant pas qu'ils peuvent ĂȘtre surpris par l'Ɠil d'un espion, le pĂšre entr'ouvre une des tentes de cette magnifique armĂ©e ; et alors la pauvre rĂȘveuse voit cette masse de soldats rouges et verts dans leur Ă©pouvantable dĂ©shabillĂ©, nageant et dormant dans la fange terreuse d'oĂč elle est sortie. Toute cette splendeur militaire en bonnet de nuit n'est plus qu'un marĂ©cage pourrais tirer de l'admirable Hoffmann bien d'autres exemples de comique absolu. Si l'on veut bien comprendre mon idĂ©e, il faut lire avec soinDaucus Carota, Peregrinus Tyss, le Pot d'or, et surtout, avant tout, la Princesse Brambilla, qui est comme un catĂ©chisme de haute qui distingue trĂšs-particuliĂšrement Hoffmann est le mĂ©lange involontaire, et quelquefois trĂšs-volontaire, d'une certaine dose de comique significatif avec le comique le plus absolu. Ses conceptions comiques les plus supra-naturelles, les plus fugitives, et qui ressemblent souvent Ă  des visions de l'ivresse, ont un sens moral trĂšs-visible c'est Ă  croire qu'on a affaire Ă  unphysiologiste ou Ă  un mĂ©decin de fous des plus profonds, et qui s'amuserait Ă  revĂȘtir cette profonde science de formes poĂ©tiques, comme un savant qui parlerait par apologues et si vous voulez, pour exemple, le personnage de Giglio Fava, le comĂ©dien atteint de dualisme chronique dans la Princesse Brambilla. Ce personnage un change de temps en temps de personnalitĂ©, et, sous le nom de Giglio Fava, il se dĂ©clare l'ennemi du prince assyrien Cornelio Chiapperi ; et quand il est prince assyrien, il dĂ©verse le plus profond et le plus royal mĂ©pris sur son rival auprĂšs de la princesse, sur un misĂ©rable histrion qui s'appelle, Ă  ce qu'on dit, Giglio faut ajouter qu'un des signes trĂšs-particuliers du comique absolu est de s'ignorer lui-mĂȘme. Cela est visible, non-seulement dans certains animaux du comique desquels la gravitĂ© fait partie essentielle, comme les singes, et dans certaines caricatures sculpturales antiques dont j'ai dĂ©jĂ  parlĂ©, mais encore dans les monstruositĂ©s chinoises qui nous rĂ©jouissent si fort, et qui ont beaucoup moins d'intentions comiques qu'on le croit gĂ©nĂ©ralement. Une idole chinoise, quoiqu'elle soit un objet de vĂ©nĂ©ration, ne diffĂšre guĂšre d'un poussah ou d'un magot de pour en finir avec toutes ces subtilitĂ©s et toutes ces dĂ©finitions, et pour conclure, je ferai remarquer une derniĂšre fois qu'on retrouve l'idĂ©e dominante de supĂ©rioritĂ© dans le comique absolu comme dans le comique significatif, ainsi que je l'ai, trop longuement peut-ĂȘtre, expliquĂ© ; — que, pour qu'il y ait comique, c'est-Ă -dire Ă©manation, explosion, dĂ©gagement de comique, il faut qu'il y ait deux ĂȘtre en prĂ©sence ; — que c'est spĂ©cialement dans le rieur, dans le spectateur, que gĂźt le comique ; — que cependant, relativement Ă  cette loi d'ignorance, il faut faire une exception pour les hommes qui ont fait mĂ©tier de dĂ©velopper en eux le sentiment du comique et de le tirer d'eux-mĂȘmes pour le divertissement de leurs semblables, lequel phĂ©nomĂšne rentre dans la classe de tous les phĂ©nomĂšnes artistiques qui dĂ©notent dans l'ĂȘtre humain l'existence d'une dualitĂ© permanente, la puissance d'ĂȘtre Ă  la fois soi et un pour en revenir Ă  mes primitives dĂ©finitions et m'exprimer plus clairement, je dis que quand Hoffmann engendre le comique absolu, il est bien vrai qu'il le sait ; mais il sait aussi que l'essence de ce comique est de paraĂźtre s'ignorer lui-mĂȘme et de dĂ©velopper chez le spectateur, ou plutĂŽt chez le lecteur, la joie de sa propre supĂ©rioritĂ© et la joie de la supĂ©rioritĂ© de l'homme sur la nature. Les artistes crĂ©ent le comique ; ayant Ă©tudiĂ© et rassemblĂ© les Ă©lĂ©ments du comique, ils savent que tel ĂȘtre est comique, et qu'il ne l'est qu'Ă  la condition d'ignorer sa nature ; de mĂȘme que, par une loi inverse, l'artiste n'est artiste qu'Ă  la condition d'ĂȘtre double et de n'ignorer aucun phĂ©nomĂšne de sa double nature.

LeRoi Lune est une piĂšce de théùtre du dramaturge belge Thierry Debroux.Elle a Ă©tĂ© Ă©ditĂ©e en 2005 aux Ă©ditions Lansman et créée la mĂȘme annĂ©e au Théùtre du MĂ©ridien Ă  Bruxelles..

Ce dictionnaire contient 42 pensĂ©es et citations Le sourire. Le sourire du traĂźtre montre qu'il a des dents de lion. Citation persane ; Les proverbes et dictons persans 1822 Le sourire est le premier degrĂ© de la grimace. Gustave Vapereau ; L'homme et la vie 1896 Le sourire peut parfois ĂȘtre le signe d'une joie bienveillante, le rire jamais. Louis Dumur ; Les petits aphorismes sur le pessimisme 1892 Le sourire est un apanage de la raison ; il est refusĂ© aux brutes ; il vivifie l'amour. John Milton ; Le paradis perdu 1667 Le sourire qui invariablement ne traduit rien cache de la bĂȘtise ou de l'astuce. Augusta Amiel-Lapeyre ; Les pensĂ©es sauvages 1909 Le sourire rĂ©side sur les lĂšvres, mais le rire a son siĂšge et sa bonne grĂące sur les dents. Joseph Joubert ; De l'homme, VIII 1866 Le sourire le plus pudique est celui qui cache les larmes. Henri Salvador ; La joie de vivre 2011 Le sourire appelle le sourire, il rassure l'autre sur soi, et toutes choses autour. Alain ; Les Ă©lĂ©ments de philosophie 1916 Le sourire est susceptible d'une multitude de significations. On peut tout exprimer par le sourire, exceptĂ© peut-ĂȘtre la colĂšre ; mais de l'indignation Ă  l'amour, en passant par le mĂ©pris, le sourire peut rendre toutes les affections de l'Ăąme. Sully Prudhomme ; Journal intime, le 6 fĂ©vrier 1864. Le sourire des anges tristes errent sur ses lĂšvres de corail rehaussĂ©es par de belles dents. HonorĂ© de Balzac ; Illusions perdues, Les deux poĂštes 1843 Le Sourire est un dieu charmant, un Dieu charmeur. Ah ! chĂšre, il t'aime, il vient Ă  toi, en roi. Il installe son charme et sa grĂące en ton cƓur Il adore tes lĂšvres, tes yeux, tes dents, ta voix. RĂ©my de Gourmont ; Les lettres Ă  Sixtine 1921 Le Sourire est rayon, il est parfum, il est rosĂ©e. Il a des feux d'Ă©toile et des phosphorescences plus douces que la lune dans la nuit argentĂ©e lueurs comme on en voit prĂ©sager la naissance et les splendeurs encore confuses de l'aurore ; Ă©clat tout plein de grĂąces, mĂ©lancolies, pimpances. RĂ©my de Gourmont ; Les lettres Ă  Sixtine 1921 Le Sourire est un dieu charmant, mais si lĂ©ger qu'il ne pĂšse pas plus qu'un oiseau sur la branche Il voltige et s'envole, il dĂ©joue les aguets ; quand on croit le tenir, il a fui comme un charme ; pas plus qu'une hirondelle on ne le prend au piĂšge, et s'il Ă©tait captif, il mourrait dans sa cage. RĂ©my de Gourmont ; Les lettres Ă  Sixtine 1921 Le sourire est une grimace, surtout le sourire jouĂ©, celui auquel les yeux ne participent pas. RĂ©my de Gourmont ; Les rĂ©flexions sur la vie 1895-1898 Le sourire est le commencement de la grimace. Jules Renard ; Le journal du 7 janvier 1893. Le Sourire est un dieu charmant, fait de lumiĂšre, limpide comme un vol subtil de libellules qui rase l'eau dormante et bleue des Ă©tangs clairs. FrĂšre d'Eros, il a des ailes minuscules, et les flĂšches d'argent qui peuplent son carquois ont pour pointe un dĂ©sir et pour barbe un scrupule. RĂ©my de Gourmont ; Les lettres Ă  Sixtine 1921 Le sourire confie au rire la joie dont il ne veut plus. Henri de RĂ©gnier ; L'Ă©goĂŻste est celui qui ne pense pas Ă  moi 2015 Le sourire n'est souvent qu'une ruse de l'hypocrisie pour masquer la haine ou la crainte ; moi, j'aime le doux soupir, alors que les yeux, ces voix de l'Ăąme, sont un moment obscurcis par une larme. George Gordon Byron ; La larme, le 26 octobre 1806. Le sourire appelle, et promet le baiser Ange d'amour et de plaisir, la rose et le miel sont sur tes lĂšvres. Évariste de Parny ; Le torrent 1778 Le sourire est le reflet de l'Ăąme. Pierre Dac ; L'os Ă  moelle, 13 mai 1938 - 7 juin 1940. Le sourire est la grimace de la jeunesse, et la grimace est le sourire de la vieillesse. Adolphe d'Houdetot ; Dix Ă©pines pour une fleur 1853 Le sourire du malheureux est son cache-misĂšre. Robert Sabatier ; Le livre de la dĂ©raison souriante 1991 Le sourire est l'institut de beautĂ© du visage. Robert Sabatier ; Le livre de la dĂ©raison souriante 1991 Le sourire, c'est peut-ĂȘtre simplement pour ça Être dĂ©sirable, encore. Philippe Besson ; L'arriĂšre-saison 2002 Le sourire, ce doux Ă©panouissement qui rend la jeunesse semblable aux fleurs. Alfred de Musset ; Lorenzaccio, I, 6 1833 Le sourire, c'est l'amorce du baiser. Robert Sabatier ; Le livre de la dĂ©raison souriante 1991 Le sourire est souvent l'essentiel, on est payĂ© par un sourire. Antoine de Saint-ExupĂ©ry ; Lettre Ă  un otage 1944 Le sourire est la perfection du rire. Car il y a toujours de l'inquiĂ©tude dans le rire, quoique aussitĂŽt calmĂ©e, mais dans le sourire tout se dĂ©tend, sans aucune inquiĂ©tude ni dĂ©fense. Alain ; Les Ă©lĂ©ments de philosophie 1916 Le sourire se porte Ă©tĂ© comme hiver ; tout devient gris quand on le perd. Salvatore Adamo ; Un sourire 1995 Le sourire n'est ni une approbation ni un blĂąme ; il est du genre neutre. Anne Barratin ; Chemin faisant 1894 Le sourire appartient aux enfants, et aux hommes qui leur ressemblent. RenĂ© Barjavel ; Ravage 1943 Le sourire naquit sur les lĂšvres de la femme. Anatole France ; Le livre de mon ami 1885 Le sourire dĂ©sarme la peur ; le sourire unifie les cƓurs ; le sourire dissout le mal. AndrĂ©e Maillet ; Les MontrĂ©alais 1962 Le sourire est l'arme du sage, contre ses propres passions et contre celles d'autrui. Alain ; Les Ă©lĂ©ments de philosophie 1916 Le sourire est un sourire dans toutes les langues. Abla Farhoud ; Le bonheur a la queue glissante 1998 Le sourire qui vous accueille n'est jamais aussi agrĂ©able quand on s'apprĂȘte Ă  vous tromper. Citation persane ; Les proverbes et dictons persans 1822 Le sourire est un systĂšme ; les Ă©gards sont des prĂ©visions. Paul ValĂ©ry ; Tel quel 1929 Le sourire est plus intĂ©ressant que le rire, il laisse quelque chose Ă  deviner. Anne Barratin ; De vous Ă  moi 1892 Le sourire est l'amulette des gens civilisĂ©s. Jean Éthier-Blais ; Entre toutes les femmes 1988 Le sourire ne coĂ»te que le plaisir de l'offrir. Salvatore Adamo ; Un sourire 1995 Un sourire donne du repos Ă  l'ĂȘtre fatiguĂ©, donne du courage au plus dĂ©couragĂ©. Raoul Follereau ; Le livre d'amour, Le sourire 1920 Le sourire ne coĂ»te rien et produit beaucoup, il enrichit qui le reçoit sans appauvrir qui le donne. Raoul Follereau ; Le livre d'amour, Le sourire 1920Autres dictionnaires Ă  consulter
Leroi sous la lune. C’est l’histoire du roi sous la lune. C’est la nuit et la lune brille. Girafe, Serpent, Tigre, Zùbre, Coq et Cygne qui passent par-là, voient un drîle de personnage
Titre La lune et le Roi-Soleil Auteur Vonda N. McIntyre Éditeur J’ai lu / Le livre de poche Date de publication 1999 / 2016 Synopsis En 1693, le pĂšre jĂ©suite Yves de La Croix, explorateur au service du roi Louis XIV, ramĂšne Ă  Versailles un couple de mammifĂšres marins capturĂ©s dans les mers du Nouveau Monde. L’un d’eux succombe, tandis que l’autre, la femelle, survit et provoque l’ébahissement gĂ©nĂ©ral. Marie-JosĂšphe, la jeune sƓur du religieux, qui se voue Ă  l’étude des sciences naturelles loin des intrigues de la cour, devient l’intermĂ©diaire entre les humains et la crĂ©ature aussi laide que son chant est beau. ProtĂ©gĂ© par le roi vieillissant qui espĂšre dĂ©couvrir le secret de l’immortalitĂ©, Yves cherche Ă  percer les mystĂšres de la voix divine de l’étrange sirĂšne. Mais revendiquer l’intelligence de cette crĂ©ature est un grave dĂ©fi aux conventions aristocratiques et Ă  l’obscurantisme chrĂ©tien. Conte tragique oĂč vĂ©ritĂ© historique et imaginaire se mĂȘlent et se cĂŽtoient, La Lune et le Roi-Soleil est aussi un plaidoyer pour la tolĂ©rance et la libertĂ©. -Ma sƓur, je ne dĂ©sire pas votre aide aujourd’hui. -Quoi ? s’écria t-elle. Pourquoi ? -Je dois dissĂ©quer les parties qui sont impropres aux regards du public. Je demanderai aux dames de ne pas y assister. Marie-JosĂšphe Ă©clata de rire. -Les statues de Versailles sont pratiquement toutes dĂ©nudĂ©es ! Si la nuditĂ© humaine n’est pas un mystĂšre, pourquoi faut-il s’inquiĂ©ter de celle d’une crĂ©ature ? J’ai dĂ©jĂ  dessinĂ© pour vous le sexe des animaux, plus d’une centaine de fois
 -Quand nous Ă©tions enfants. Quand je ne savais pas que je devais vous l’interdire. Fin du XVIIe siĂšcle. Un jĂ©suite au service de Louis XIV rapporte Ă  Versailles deux spĂ©cimens de monstres marins, capturĂ©s au large du Nouveau Monde. Le mĂąle n’a pas survĂ©cu au voyage mais qu’à cela ne tienne, son cadavre sera dissĂ©quĂ© au profit de la science devant l’ensemble de la cour. La femelle est en revanche bien vivante et se retrouve exposĂ©e aux yeux des curieux dans l’un des nombreux bassins que comptent les jardins royaux. Si sa laideur rebute la plupart des visiteurs, la beautĂ© de son chant ne laisse en tout cas pas indiffĂ©rente la sƓur du jĂ©suite responsable de sa capture, Marie-JosĂšphe, qui va se prendre d’affection pour la crĂ©ature. Celle-ci ne tarde d’ailleurs pas Ă  soulever de vifs dĂ©bats dans l’entourage du roi s’agit-il vĂ©ritablement d’un monstre ? A t-elle une conscience ? Des sentiments ? Et si oui, est-il bien moral de la priver de libertĂ© ? Écrit il y a tout juste vingt ans, le roman de Vonda N. McIntyre a fait il y a peu l’objet d’une nouvelle parution qui n’a pas tardĂ© Ă  Ă©veiller mon intĂ©rĂȘt. A raison, puisque l’ouvrage repose effectivement sur une intrigue solide et fort plaisante que l’on suit sans ennui pendant prĂšs de sept cent pages. La quasi totalitĂ© de l’action se situe Ă  Versailles dont la reconstitution est tout Ă  fait convaincante et dont l’auteur donne avec succĂšs une image trĂšs ambivalente, le faste et la beautĂ© des salles de jeu ou des jardins Ă©tant nettement contrebalancĂ©s par la vĂ©tustĂ© et l’exiguĂŻtĂ© dans laquelle devaient alors se rĂ©soudre Ă  vivre une partie de la noblesse. Les personnages sont quant Ă  eux plutĂŽt atypiques, de la jeune demoiselle de compagnie avant tout passionnĂ©e de musique et de sciences au proche conseiller du roi bien Ă©loignĂ© des standards de beautĂ© de cette Ă©poque comme de la notre, en passant bien Ă©videmment par ce monstre marin » dont on dĂ©couvre peu Ă  peu la vĂ©ritable nature. Le roman ne manque donc pas de qualitĂ©s, mais comporte aussi un certain nombre de dĂ©fauts qui ne passent malheureusement pas inaperçus. Le plus gĂȘnant d’entre eux reste incontestablement le style de l’auteur qui devrait en refroidir plus d’un. Sans aller jusqu’à la qualifier d’indigeste, la plume de Vonda N. McIntyre manque en tout cas de fluiditĂ© et se montre tour Ă  tour trop concise ou trop volubile. Il y a par exemple cette manie de dĂ©crire par le dĂ©tail les moindres mouvement des personnages par une succession de phrases lapidaires composĂ©es uniquement d’un sujet et d’un verbe Il frappe. Il entre. Il s’assoie »  et j’en passe. A l’inverse, l’auteur n’a pas assez de mots pour nous dĂ©peindre par le menu les usages de la cour ce qui, lĂ  encore, devient quelque peu lassant qui fait la rĂ©vĂ©rence Ă  qui, qui porte quoi, qui a la prĂ©sĂ©ance sur qui
. On apprend d’ailleurs dans la postface que le roman avait Ă  la base Ă©tĂ© Ă©cris sous la forme d’un scĂ©nario, ce qui explique sans doute une partie des problĂšmes citĂ©s plus haut. Le second gros bĂ©mol que je mentionnerais concerne la personnalitĂ© de l’hĂ©roĂŻne qui comportait pourtant de nombreux Ă©lĂ©ments susceptibles de me plaire Marie-JosĂšphe se passionne pour la science, compose de la musique, se refuse Ă  garder une esclave Ă  son service, et surtout fait preuve d’une vĂ©ritable aversion pour le couvent. Bref, on aurait pu avoir affaire Ă  une jeune fille intĂ©ressante et bien dĂ©cidĂ©e Ă  ne pas se laisser emprisonner par les carcans imposĂ©s par son Ă©poque. Sauf que c’est tout le contraire, en tout cas dans la premiĂšre moitiĂ© du roman pendant laquelle l’hĂ©roĂŻne adopte un comportement insupportable dĂšs l’instant qu’elle se retrouve confrontĂ©e Ă  un personnage masculin. Les minauderies passent encore, mais le fait qu’elle se rabaisse sans arrĂȘt dĂšs qu’un homme lui adresse la parole, lĂ  s’en est trop. Ne soyez pas impudente », la tance Ă  plusieurs reprises le comte Lucien alors qu’elle ne fait qu’emmĂštre une hypothĂšse pleine de bon sens concernant les causes de l’agitation du monstre auprĂšs du roi. La rĂ©action de la jeune fille face Ă  cette remontrance injustifiĂ©e et dĂ©sagrĂ©able ? Elle rougit et se fustige Il avait raison de la traiter ainsi. ». MĂȘme chose avec son frĂšre qui lui explique qu’aprĂšs avoir joui d’une relative libertĂ© Ă  la cour, elle doit dĂ©sormais se contenter de jouer Ă  la bobonne avec lui, ce qui n’a pas l’air de la gĂȘner plus que cela Ce que disait Yves Ă©tait vrai. Elle Ă©tait Ă©goĂŻste et stupide de souhaiter davantage. ». Compte tenu de l’époque Ă  laquelle se dĂ©roule l’action, il Ă©tait Ă©vident que la jeune femme n’allait pas pouvoir faire preuve d’une libertĂ© d’esprit et d’une volontĂ© d’émancipation trop voyante, mais de lĂ  Ă  la dĂ©peindre satisfaite de se faire brider et soumettre en permanence, il ne faut tout de mĂȘme pas exagĂ©rer ! Les circonstances l’obligent heureusement Ă  lĂ©gĂšrement se rebiffer dans la deuxiĂšme moitiĂ© du roman notamment Ă  l’encontre de son frĂšre qui est tout bonnement insupportable, mais c’est aussi le moment que l’auteur choisit pour davantage mettre en lumiĂšre sa romance avec un autre noble de la cour. Le rĂ©cit tombe alors Ă  plusieurs reprises dans le miĂšvre avec des scĂšnes parfois peu flatteuses pour la jeune femme qui se contente trop souvent de regarder avec des yeux Ă©namourĂ©s son soupirant faire presque tout le travail. Tout cela est d’autant plus dommage que, comme je le disais, les personnages comme l’intrigue possĂ©daient un beau potentiel qui est malheureusement loin d’ĂȘtre exploitĂ© Ă  sa juste mesure. Lecture en demi-teinte pour ce roman de Vonda N. McIntyre qui, en dĂ©pit d’une intrigue intĂ©ressante et d’un travail de reconstitution admirable, se retrouve entachĂ© par quelques dĂ©fauts dont il est hĂ©las difficile de faire abstraction. Je tiens Ă  remercier Gaelle du blog Pause Earl Grey pour l’envoi de ce roman que j’ai, en dĂ©pit des points nĂ©gatifs que j’ai pu mentionner, pris plaisir Ă  dĂ©couvrir je vous encourage d’ailleurs vivement Ă  lire sa critique qui vous donnera sans doute davantage envie de lire le roman. Autres critiques Gaelle Pause Earl Grey
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CemodĂšle de l'automate est fondamental dans la conception physiologique du rire Ă  l'Ăąge classique (D. Bertrand, «L'image de l'automate dans les reprĂ©sentaÂŹ tions du rire et du ridicule au 17e siĂšcle », Lectures, 19 (Bari, 1986), p. 19-29). FrĂšre Lourdis est un prototype de sot selon la dĂ©finition de La BruyĂšre : «Le sot est automate, il est machine, il est ressort, le poids l Il est impossible d'observer les restes des Programme Apollo sur la Lune avec un tĂ©lescope depuis la Terre mĂȘme avec le plus grand tĂ©lescope sur Terre 382 kg de pierre lunaire rĂ©cupĂ©rĂ© mais pas foutu d'envoyer une pierre authentique au MusĂ©e national des Pays-Bas vidĂ©o originale du premier pas sur la lune effacĂ©e Pour des "raisons d’économie", la cassette originale de la scĂšne a Ă©tĂ© effacĂ©e et rĂ©utilisĂ©e mĂ© l'urss" calme toi l'argileux, mĂȘme la Russie n'y croit pas Si on rĂ©sume, je dois croire sur parole des mecs qui sont allĂ©s 6 fois sur la Lune en 3 ans Ă  une Ă©poque oĂč les français dĂ©couvraient la tv en couleur, tout ça dans un contexte de guerre froide donc guerre d'information etc, qui n'ont aucune preuve et qui ne savaient pas faire dĂ©coller une fusĂ©e correctement 2 ans avant accident d'Appolo 1 Et je dois Ă©galement croire sur paroles des mecs qui ont menti et qui mentent encore depuis le dĂ©but de la crĂ©ation des États Unis sur absolument tout et n'importe quoi AS11-40-5928
Ilest la répétition inversée de la vie de tous les jours, dans le renversement de ses hiérarchies, l'inversion de ses valeurs, le retournement de ses grandeurs. Et le fou devient pape, et le bouffon devient roi. Le carnaval est l'autre vie du peuple, sa vie grotesque, fondée sur une seule loi : la liberté.
Texte intĂ©gral 1 Les notices de Jean-François Marmontel furent ultĂ©rieurement reprises dans ses ÉlĂ©ments de littĂ©ra ... 2 GĂ©rard Genette, Palimpsestes. La littĂ©rature au second degrĂ© 1982, Paris, Éditions du Seuil, P ... 3 Jean Émelina, Le Comique, essai d’interprĂ©tation gĂ©nĂ©rale 1991, Paris, SEDES, 1996. 4 SĂ©golĂšne Le Men, Daumier et la caricature, Paris, Citadelles & Mazenod, 2008, p. 28-32. 5 Dans Charlie Hebdo, 27 mai 1974. 6 Pierre Jourde, Empailler le torĂ©ador. L’incongru dans la littĂ©rature française, Paris, JosĂ© Corti, ... 1DĂšs les annĂ©es 1780, dans l’EncyclopĂ©die de Diderot et d’Alembert, J. -F. Marmontel dĂ©finit le comique » comme une comparaison qu’on fait, mĂȘme sans s’en apercevoir1 ». Cette dĂ©finition et le processus qu’elle dĂ©crit pourraient tout aussi bien s’appliquer Ă  l’exercice mĂȘme de la caricature, Ă  sa conception autant qu’à sa rĂ©ception, pour peu qu’on l’entende comme un art de la comparaison conciliant l’imitation et la dĂ©formation, pour le plaisir qu’engendre la diffĂ©rence admise, aprĂšs l’expĂ©rience de la surprise et de la dĂ©couverte, entre ce qu’on se prĂ©parait Ă  voir et ce qu’on a vu. Devant une caricature, le rire surgit de cet Ă©cart Ă©prouvĂ©, qu’en Ă©cho Ă  l’intertextualitĂ© genettienne2, Jean Émelina a qualifiĂ© d’interrĂ©alitĂ©3 imitation, transformation et travestissement d’un sujet A en un objet B – par exemple Louis-Philippe en poire par Charles Philipon, HonorĂ© Daumier et leurs complices des annĂ©es 18304 ou ValĂ©ry Giscard d’Estaing en prĂ©sident tĂȘte de noud » par GĂ©bĂ©5. Le rire que dĂ©clenche une caricature est en effet provoquĂ© par la comparaison quasi inepte et presque inacceptable entre un ĂȘtre et sa reprĂ©sentation, par l’identification du parcours opĂ©rĂ© de l’un Ă  l’autre et par la dĂ©tection ludique des Ă©carts qui ponctuent la lecture c’est une sorte de jeu des sept erreurs qui ne dirait pas son nom et qui cacherait son jeu, pour mieux faire rire en le dĂ©voilant avec l’efficacitĂ© de la rapiditĂ©. Autant le dire d’emblĂ©e, la caricature fonctionne selon une structure duplice tacitement acceptĂ©e, parfois mĂȘme jusqu’à l’absurde, en dĂ©pit des aberrations de la reprĂ©sentation, au mĂ©pris des transgressions qu’elle opĂšre et au risque de l’incongruitĂ© qu’elle peut produire. Celui qui dĂ©nie au caricaturiste la prĂ©tention Ă  la vĂ©ritĂ© et, par lĂ  mĂȘme, Ă  la rĂ©alitĂ©, en raison des formes outrĂ©es et dĂ©formĂ©es dont il use et abuse, ne peut pas rire d’une caricature, puisqu’il refuse le principe mĂȘme d’une comparaison dont la vocation est d’ĂȘtre faussĂ©e ou biaisĂ©e celui-lĂ  rejette le rĂ©gime de l’anomalie, sous lequel fonctionne le comique de la caricature dans son registre graphique comme dans son rĂ©gime textuel. Ce rĂ©gime de l’anomalie est dĂ©terminant, car il recouvre les notions avoisinantes de l’erreur, de l’incongruitĂ©6 et du dĂ©sordre, en s’opposant Ă  une norme anatomique, morale, sociale... transgressĂ©e Ă  dessein par le caricaturiste. L’anomalie est en effet cultivĂ©e par le caricaturiste qui l’emploie avec des accentuations diverses, comme un art de la curiositĂ© et de la laideur, de la difformitĂ© et de la distraction. Le caricaturiste institue donc ces valeurs en systĂšme dĂ©rĂ©glĂ© et perverti ou en ordre inhabituel et excessif, dont il distille le trouble sous la forme d’un spectacle comique inlassablement jouĂ©, repris en variations limitĂ©es mais Ă  frĂ©quence infinie, dans le cadre de chacune de ses images. LE PROCÈS DU RIRE 7 Bernard Vouilloux, Champfleury et le “matĂ©riel de l’art” le langage de l’imagerie populaire », ... 8 Michel Ragon, Le Dessin d’humour. Histoire de la caricature et du dessin humoristique en France 1 ... 9 Éric Smadja, Le Rire, Paris, PUF, Que sais-je ? », 1993, p. 3. 2Mon propos sera moins de tenter de dĂ©finir une nouvelle fois la caricature-de nombreux essais ont Ă©tĂ© consacrĂ©s Ă  cette question de taxinomie –, que d’essayer d’en approcher l’esthĂ©tique comique, c’est-Ă -dire les rĂšgles ou les procĂ©dĂ©s de son Ă©criture mise en forme s en vue du comique. Commençons par une interrogation Ă©lĂ©mentaire qu’est-ce qui, dans une caricature, fait rire » ou prĂȘte Ă  rire » ? Comment et pourquoi une caricature excite le rire » ? Il faut essayer de se soustraire Ă  ce qui, depuis le xviiie siĂšcle, tout au long des xixe et xxe siĂšcles, et aujourd’hui encore, est liĂ© Ă  un usage culturel trĂšs extensif du terme caricature », pour reprendre ici une remarque de Bernard Vouilloux7, oĂč se chevauchent et se confondent toutes sortes d’images aux procĂ©dures et aux intentions voisines, mais partiellement distinctes le dessin d’humour, le dessin de presse, le dessin d’actualitĂ©... Un dĂ©tour par l’étymologie du terme caricature » n’est pas inutile l’étymologie premiĂšre serait issue de l’italien caricare, lui-mĂȘme issu du latin populaire – charger, dans sa polysĂ©mie et ses extensions, selon qu’on charge un poids comme un fardeau, qu’on pĂšse excessivement sur quelque chose jusqu’à le voir rompre ou l’écraser, selon qu’on charge une arme, qu’on conduise une attaque ou un combat, qu’on accable quelqu’un en lui portant des accusations ou des injures, qu’on exagĂšre au risque de la surcharge des traits de caractĂšres, des travers ou des dĂ©fauts, Ă  des fins satiriques, entre critique et comique8. On peut donc convenir que la caricature a acculturĂ© la dĂ©formation voire l’excĂšs d’un cĂŽtĂ©, et la ridiculisation ou la moquerie de l’autre, en domestiquant le rire qu’on dit souvent impulsif et convulsif, Ă©tranger Ă  toute opĂ©ration mentale » et Ă  toute idĂ©ation prĂ©alable9 ». Une double inquiĂ©tude se trouve ainsi attachĂ©e Ă  la caricature, qui intervient Ă  deux niveaux diffĂ©rents d’abord, elle provoque le rire qui souffre d’une rĂ©putation culturelle sulfureuse ; ensuite, elle paraĂźt en avoir maĂźtrisĂ© l’alchimie. 10 Charles Baudelaire, De l’essence du rire et gĂ©nĂ©ralement du comique dans les arts plastiques » ... 11 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 243. 12 Daniel MĂ©nager, La Renaissance et le rire, Paris, PUF, Perspectives littĂ©raires », 1995, p. 80. 13 Celui auquel le rire est Ă©tranger. 14 Jacques Le Goff, Rire au Moyen Âge » 1989, et Le rire dans les rĂšgles monastiques du Haut Mo ... 15 Jacques Le Goff, Le rire dans les rĂšgles monastiques... », op. cit., p. 1 357. 16 Max Milner, Le Diable dans la littĂ©rature française, de Cazotte Ă  Baudelaire, 1772-1861 1971, Pa ... 17 Jacques Le Goff, Rire au Moyen Âge », op. cit., p. 1 353. 3Dans les pages de l’essai qu’il consacre en 1855 Ă  l’essence du rire et gĂ©nĂ©ralement du comique dans les arts plastiques10 », Baudelaire lie la caricature Ă  la rĂ©putation diabolique du rire qu’elle provoque, en rappelant une phrase qu’il attribue Ă  Lavater, l’inventeur de la physiognomonie, et qu’en voulant citer de mĂ©moire il finit par réécrire en un aphorisme Le Sage ne rit qu’en tremblant11. » S’il est, selon Aristote, le propre de l’homme, le rire demeure une manifestation suspecte et indĂ©terminĂ©e, mystĂ©rieuse et incontrĂŽlable, agressive et subversive. Le Moyen Âge craint le rire, dont on ne perçoit pas clairement le siĂšge entre le cerveau et les entrailles, et qui ressemble au cri du singe, au hennissement du cheval ou Ă  l’aboiement du chien. À sa suite, l’ñge classique s’accommode mal du rire qui malmĂšne l’idĂ©al de majestas de la Renaissance humaniste, par les convulsions indignes et les dĂ©formations fatales qu’il provoque, comme par les facultĂ©s qu’il altĂšre12. Ainsi s’établit la rĂ©putation douteuse du rire, qu’interrogent philosophes, poĂštes et mĂ©decins, que viennent renforcer des considĂ©rations d’ordre religieux. Car, dans la tradition de l’ÉpĂźtre apocryphe Ă  Lentulus, les PĂšres de l’Église saint Basile et saint Jean Chrysostome ont promu JĂ©sus en agelaste13 qui, puisque le Nouveau Testament ne mentionne pas son rire, n’aurait jamais ri pendant sa vie terrestre et dont l’imitation doit permettre de forger l’homme chrĂ©tien en quĂȘte de perfection14. C’est cette tradition qui autorisera ensuite Ă  affirmer radicalement que JĂ©sus a aussi condamnĂ© le rire. Cette mĂ©fiance Ă  l’égard du rire, qui parcourt le Moyen Âge et la Renaissance, eut deux consĂ©quences majeures. D’une part, elle sanctionne l’homme faillible rĂ©duit Ă  rire des faiblesses et des dĂ©fauts de ses semblables, comme des siens propres, au lieu de s’en repentir et d’en pleurer, et qui devient ainsi l’homo risibilis15. D’autre part, elle fait du rire l’apanage du diable prenant sa revanche sur un Dieu tout-puissant, omniscient et omnipotent le rire ne pouvait exister au jardin d’Éden, oĂč les dĂ©fauts et la laideur n’avaient pas leur place. Le rire apparaĂźt simultanĂ©ment avec le pĂ©chĂ© originel qui dĂ©traque l’harmonie du monde, car il corrompt l’idĂ©al par la reconnaissance de l’imperfection qu’il ratifie. Cette thĂšse du rire satanique a Ă©tĂ© confortĂ©e par l’imaginaire de la littĂ©rature romantique16 et par son goĂ»t prononcĂ© pour l’iconographie mĂ©diĂ©vale du diable grimaçant dĂ©rivĂ© de la figure du satyre antique. Le rire, devenu l’expression d’une moquerie impie ou d’une raillerie sacrilĂšge, s’impose dĂ©sormais comme l’expression d’une mauvaise intention et l’Enfer est devenu le lieu exclusif du rire accusĂ© de dissiper l’esprit humain et, par consĂ©quent, l’esprit divin. Le rire est une preuve de dĂ©chĂ©ance et les circonstances ou les objets, dans lesquels il se manifeste-notamment dans les productions visant Ă  faire rire par l’entremise de ce que Le Goff appelle une dĂ©bauche d’imagination, d’invention, de trouvailles17 » –, ne peuvent qu’ĂȘtre suspectĂ©s sinon redoutĂ©s. CARICATURE ET SATIRE 18 Colette Arnould, La Satire, une histoire dans l’histoire, Paris, PUF, littĂ©raires », 1996. 19 Jacques Le Goff, Rire au Moyen Âge », op. cit., p. 1 343. 20 Robert Elliot, The Power of Satire Magic, Ritual, Art, Princeton, Princeton UniversitĂ© Press, 19 ... 21 Werner Hofmann, La Caricature de Vinci Ă  Picasso, Paris, GrĂŒnd/Somogy, 1958, p. 114. 22 Voir William Hogarth, catalogue d’exposition Paris, MusĂ©e du Louvre, 20 octobre 2006-8 janvier 20 ... 23 CitĂ© par AndrĂ© Blum, La Caricature rĂ©volutionnaire, Paris, Jouve, 1916, p. 195-196. 24 Jacques-Louis David, L’ArmĂ©e des cruches, eau-forte, 1793-1794, Paris, BNF, Dc Vinck ». Voir J ... 4Il faut aussi rappeler ce que peut signifier, dans un tel contexte, la tentation de dominer le rire, pour ne plus le subir, en le provoquant et le dirigeant, comme s’y emploie le caricaturiste quand il Ă©labore une image satirique. Une part de la conception culturelle litigieuse du rire est Ă©galement issue de cette possibilitĂ© que la caricature et ses effets comiques soient empreints d’une intention malveillante et agressive, humiliante et provocante – c’est-Ă -dire une sorte d’arme qu’on charge et qui se dĂ©charge, pour atteindre symboliquement l’ennemi, pour le blesser et le rabaisser, pour le souiller et le vaincre, puisqu’elle lui fait perdre dignitĂ© et autoritĂ©. Au moins depuis JuvĂ©nal, la satire traĂźne la rĂ©putation de pouvoir tuer18 – ce fantasme ou cette mĂ©taphore est symptomatique d’un usage maĂźtrisĂ© et calculĂ© du rire, impliquant une intellectualisation et une instrumentalisation possibles de la satire ou de la caricature, perçues comme des agents de trouble et de dĂ©sordre, capables d’affaiblir pour destituer et de dĂ©vaster pour vaincre. Car, pour reprendre ici les propositions de Jacques Le Goff, le rire est une conduite sociale qui suppose des codes, des rites, des acteurs, un théùtre19 », favorisant une complicitĂ©, une contamination voire une communion, en structurant la sociĂ©tĂ© oĂč il s’épanouit, comme ont pu le remarquer les anthropologues dans certaines organisations sociales primitives20. Pour toutes ces raisons culturelles, le rire est craint par le pouvoir civil ou religieux, et ses caractĂšres sont transfĂ©rĂ©s, dĂšs le courant du xviiie siĂšcle europĂ©en, Ă  la caricature moderne comme image critique et railleuse, comique et ludique-une image de masse, multiple et mobile, destinĂ©e Ă  l’opinion publique et inscrite dans la sphĂšre sociale et politique. Si la caricature Ă©tait jusqu’alors, sauf en de rares exceptions, un exercice de peintre – un jeu de crayons », selon l’expression de Werner Hofmann21 –, Ă  vocation plastique, principalement pratiquĂ©e par des artistes, au sens large du terme, dans le cadre privĂ© de l’atelier, sans vocation comique et sans perspective de publication, comme dans l’entourage bolognais des frĂšres Carrache ou, ultĂ©rieurement, dans les premiĂšres Ɠuvres d’Hogarth22, elle devient un objet mĂ©diatique dont les effets comiques, calculĂ©s – Ă  dĂ©faut de pouvoir ĂȘtre maĂźtrisĂ©s jusque dans leur rĂ©ception – et diffusĂ©s, deviennent des modes d’intervention publique. C’est tout le sens de l’initiative du peintre rĂ©volutionnaire Jacques-Louis David, pendant la RĂ©volution française, quand il accepte de rĂ©pondre favorablement Ă  une commande spĂ©cifique du ComitĂ© de Salut public, en rĂ©alisant des caricatures qui peuvent rĂ©veiller l’esprit public et faire sentir combien sont factices et ridicules les ennemis de la libertĂ© et de la rĂ©publique », selon les termes de la proposition officielle de Lazare Carnot23. Et pour ce faire, l’artiste nĂ©o-classique conçoit notamment une charge oĂč les soldats anglais sont transformĂ©s en cruches de terre que brisent les sans-culottes français en les touchant de leurs patriotiques Ă©trons24. 25 Robert Justin Goldstein, Censorship of Political Caricature in Nineteenth Century France, Kent/Lon ... 26 Ainsi, le nazisme et le fascisme ont-ils eu recours au langage de la satire graphique, en particul ... 27 Alexandre Vatline et Larissa Malachenko, Dessine-moi un Bolchevik. Les caricaturistes du Kremlin, ... 28 In Le Monde, 25 avril 2002. Le dessin est repris dans Plantu, La France Ă  la baguette. L’annĂ©e 200 ... 29 Yves Bordenave, Marc Blondel “atteinte dans son honneur” par un dessin de Plantu », in Le Monde, ... 30 CitĂ© par VĂ©ronique Murus, La mouche », in Le Monde, 29-30 avril 2007. À la suite, Plantu prĂ©cisa ... 5La caricature ne peut donc qu’ĂȘtre suspecte et ceci explique les imaginaires qui lui sont attachĂ©s, tout autant que les mesures de surveillance, entre censure partielle et suppression totale, dont elle a Ă©tĂ© l’objet, selon les rĂ©gimes politiques, tout au long des xixe et xxe siĂšcles25. Dans les dictatures, elle est rĂ©duite Ă  l’illĂ©galitĂ©-sauf si elle appartient Ă  l’arsenal de la propagande qui l’instrumentalise contre des cibles choisies26 – et sa pratique constitue un dĂ©lit qui n’est guĂšre tolĂ©rĂ© que dans les marges officieuses du rĂ©gime, comme en attestent les portraits-charges de leurs confrĂšres exĂ©cutĂ©s souvent maladroitement mais non sans efficacitĂ© par les membres du Politburo, en URSS dans les annĂ©es 1920 et 193027. Dans les dĂ©mocraties modernes, les caricaturistes peuvent ĂȘtre poursuivis, sur plainte des sujets de leurs charges auxquels la loi accorde le statut de victimes. Ainsi, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du syndicat Force ouvriĂšre, Marc Blondel, porta-t-il plainte en diffamation pour une caricature de Plantu qui, Ă  la une du Monde28, l’avait reprĂ©sentĂ© assoupi, assis derriĂšre Jean-Marie Le Pen – alors prĂ©sent au second tour des Ă©lections prĂ©sidentielles –, et arborant un brassard FO, d’allure vaguement nazie. Le dessinateur avait ainsi voulu stigmatiser le silence politique du leader syndicaliste. Mais ce dernier avait Ă©prouvĂ© cette charge comme une atteinte Ă  son honneur29 ». Dans une veine similaire, on sait que, pendant la campagne prĂ©sidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy se plaignit auprĂšs de Plantu d’une caricature oĂč il avait repĂ©rĂ© qu’il Ă©tait affublĂ© d’un brassard estampillĂ© IN, en Ă©cho Ă  la question de l’identitĂ© nationale portĂ©e au dĂ©bat par le candidat, et accompagnĂ© d’une mouche volant bas. À propos de cet insecte, il crut bon de justifier Je sais qu’elles accompagnent gĂ©nĂ©ralement la reprĂ©sentation de JeanMarie Le Pen. [...] J’ignore sincĂšrement ce qui me vaut un tel traitement, tant je considĂšre avoir, tout au long de ma vie politique, combattu les idĂ©es de l’extrĂȘme droite [...]30 ». 31 Voir la sĂ©rie de 3 volumes d’AndrĂ© Ribaud, dessins de Moisan La Cour, chronique du royaume 1961 ... 32 Voir Moisan histoire d’une RĂ©publique de De Gaulle Ă  Mitterrand, catalogue d’exposition, Paris, ... 33 Annie Duprat, Le Roi dĂ©capitĂ©. Essai sur les imaginaires politiques, Paris, Éditions du Cerf, 1992 ... 34 Catherine Clerc, La Caricature contre NapolĂ©on, Paris, Promodis, 1985. 35 Annie Jourdan, NapolĂ©on, hĂ©ros, imperator, mĂ©cĂšne, Paris, Aubier, 1998. 36 Louis Veuillot, Paris pendant les deux siĂšges, 2 vol., Paris, Victor PalmĂ©, 1871, vol. 1, p. 362-3 ... 37 George Grosz, Un petit oui et un grand non 1955, NĂźmes, Éditions Jacqueline Chambon, 1990. 6Dans un cas comme dans l’autre, ce qui est craint par les victimes de la caricature, c’est le rabaissement qu’elle produit par le comique rire d’un homme de pouvoir constitue une transgression, voire un forfait, qui revient Ă  lui retirer son crĂ©dit et peut-ĂȘtre mĂȘme Ă  lui dĂ©nier toute facultĂ©. C’est, sous la monarchie, proclamer que le roi est nu » et que la puissance et la gloire peuvent n’ĂȘtre rien – comme dans la sĂ©rie de Roland Moisan et AndrĂ© Ribaud31 du Canard enchaĂźnĂ©, visant de Gaulle en faux monarque, flanquĂ© d’une fausse cour et dotĂ© d’une fausse grandeur32. Les historiens de la RĂ©volution française ont montrĂ© le rĂŽle manifeste de la caricature dans le processus de promotion de la dĂ©faite du corps de Louis XVI, ayant prĂ©parĂ© l’opinion publique Ă  sa dĂ©chĂ©ance symbolique, sa destitution politique et sa mort physique33. La caricature est aussi redoutĂ©e par les modes de destitution qu’elle fait jouer elle transforme l’humain en animal Louis XVI en cochon ou NapolĂ©on III en vautour dĂ©plumĂ© ou en lĂ©gume Louis-Philippe en melon, voire en objet Georges Pompidou en cendrier, François Mitterrand en chandelle-en tirant souvent le sujet vers une condition ou un Ă©tat infĂ©rieurs qui placent le spectateur et, du mĂȘme coup, haussent le rieur en position de distance et de supĂ©rioritĂ©. Le jeu critique et comique du caricaturiste consiste Ă  avilir et salir la victime de l’image en faisant intervenir aussi l’obscĂ©nitĂ©, sous deux formes principales la pornographie et la scatologie. Ainsi procĂšdent les caricatures anti-napolĂ©oniennes34 qui se plaisent Ă  montrer – motivation et sujet exclusifs de nombreuses charges – l’Empereur dĂ©fĂ©quant en public, pour rabaisser le grand homme et dĂ©samorcer la gloire et la pompe dont il se pare35. Dans la perception angoissante de la caricature, se trouve activĂ©e Ă©galement la destitution qu’elle provoque, en soumettant sa victime Ă  la rĂ©putation culturelle de son propre statut c’est une image obscĂšne ou vicieuse, Ă  force de dĂ©noncer les vices de ses sujets et d’en donner Ă  rire. Mais tant elle y traĂźne ses victimes, cette imagerie du trottoir finit par ĂȘtre suspectĂ©e de se complaire dans le caniveau ; c’est ce que l’ultramontain Louis Veuillot, saisi par le vomissement de caricatures qui depuis votre avĂšnement n’a cessĂ© de salir la ville », reprochera en novembre 1870 au rĂ©publicain Jules Favre, ministre du gouvernement de la DĂ©fense nationale36. TrĂšs significativement, quand le peintre expressionniste George Grosz dit sa curiositĂ© pour l’image satirique, Ă  l’époque de la RĂ©publique de Weimar, il la rapproche des graffitis des pissotiĂšres publiques, qu’il s’applique Ă  copier tant leur cruditĂ©, leur obscĂ©nitĂ© et leur duretĂ© le fascinent37. 38 Ernst Kris et Ernst Gombrich, Principes de la caricature » 1940 ; repris par Ernst Kris, Psych ... 39 Jules VallĂšs, ƒuvres, Ă©dition Ă©tablie par Roger Bellet, Paris, Gallimard, BibliothĂšque de la PlĂ© ... 40 Bernard Sarrazin, Le Rire et le sacrĂ©. Histoire de la dĂ©rision, Paris, DesclĂ©e de Brouwer, 1991, p ... 41 Ibid. 42 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 260. 7La comparaison de Grosz renvoie aussi Ă  une mise en image » constituĂ©e en sortilĂšge. Dans un texte fondateur38, Kris et Gombrich ont avancĂ© l’hypothĂšse d’une parentĂ© entre la caricature et la magie caricaturer son ennemi aurait Ă©quivalu Ă  pendre son portrait en place publique, Ă  lacĂ©rer ou dĂ©chirer sa photographie, Ă  planter des aiguilles dans une poupĂ©e Ă  son effigie. Des caricaturistes emploient d’ailleurs, dĂšs le xixe siĂšcle, selon une mise en abyme, ces procĂ©dĂ©s comme motifs iconographiques, en multipliant les pendaisons, les mises au pilori et les supplices physiques les plus cruellement inventifs – faces scarifiĂ©es, yeux crevĂ©s, bouches obstruĂ©es... –, qui soumettent les visages Ă  des rictus et des grimaces d’autant plus risibles que le subreptice de ces expressions passagĂšres se trouve figĂ© par l’image caricaturale. Enfin, la caricature effraie parce qu’alors mĂȘme qu’elle prĂ©tend Ă  la vĂ©ritĂ©, elle soumet sa victime Ă  une dĂ©nonciation excessive et injuste, voire outrageante, souvent erronĂ©e quand elle n’est pas mensongĂšre. Calomniez, calomniez ! il en restera toujours quelque chose », dit l’adage – la caricature accentue cette dimension de la mauvaise parole en jouant avec la fixitĂ© et la permanence de l’image qui s’apparente Ă  une malĂ©diction. Dans Les EmployĂ©s 1837, Balzac prĂ©sente un fonctionnaire, Bixiou, qui se consacre Ă  la chanson comique et Ă  la caricature, avec tant de piquant qu’il parvient, d’un seul de ses dessins, Ă  briser la carriĂšre d’un collĂšgue du ministĂšre. Cette dimension calomnieuse de la caricature-malĂ©fice est essentielle du point de vue de sa rĂ©ception et de ses enjeux comiques. Jules VallĂšs en fit d’ailleurs l’expĂ©rience incidemment, d’aprĂšs son portrait-charge en chien publiĂ© par AndrĂ© Gill dans La Lune du 14 juillet 1867. Quelques semaines plus tard, pendant une escapade en ballon, il atterrit Ă  Provins, oĂč une jeune femme lui dĂ©clara Oh ! Je vous reconnais, monsieur. Je vous ai vu dans La Lune, vous Ă©tiez derriĂšre un corbillard et vous traĂźniez une casserole. » VallĂšs prĂ©cise qu’elle s’échappe [...] prĂ©textant je ne sais quoi. Elle redescend [...] accompagnĂ©e d’une jeune dame grande et pĂąle [...]. Elle sait qui je suis. Son amie lui a dit “Viens voir ce monstre !”39 ». Si la caricature est l’objet d’une grande mĂ©fiance, voire d’une sorte de crainte, c’est parce qu’elle s’applique Ă  faire exploser et Ă  disqualifier par le rire des hiĂ©rarchies instituĂ©es – qu’elle ne reconnaĂźt plus, ni dans l’ordre moral ou religieux, ni dans l’ordre social ou politique – et parce qu’elle en fait prolifĂ©rer sans arrĂȘt le tohu-bohu40 », en brouillant tous les repĂšres, le haut et le bas, le sacrĂ© et le profane, le sĂ©rieux et le non-sĂ©rieux41 » – jusqu’à donner le vertige », selon le mot de Baudelaire42. VERS UNE ESTHÉTIQUE DE LA CARICATURE 43 Charles Baudelaire, Mon cƓur mis Ă  nu », XXXVIII ; in ƒuvres complĂštes, t. 1, Claude Pichois di ... 44 Champfleury, Son regard et celui de Baudelaire, Ă©dition Ă©tablie par GeneviĂšve et Jean Lacambre, Pa ... 45 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 241. 46 Ibid., p. 247. 47 Ibid., p. 242. 48 Emmanuel Kant, Critique de la facultĂ© de juger, Ă©dition et traduction d’Alexis Philonenko, Paris, ... 49 Voir Champfleury, l’art pour le peuple, catalogue d’exposition Paris, MusĂ©e d’Orsay, 13 mars-17 j ... 50 Bernard Vouilloux, Champfleury et le “matĂ©riel de l’art”... », op. cit. 8C’est au xixe siĂšcle – dans ce siĂšcle, dont Baudelaire a dit qu’il avait le culte des images43 », qui s’était substituĂ© Ă  d’autres cultes, sans pour autant qu’il y ait d’autres croyances –, que la caricature fut prise en compte, en dehors de la tradition des traitĂ©s de peinture ou d’iconologie, pour ce qu’elle pouvait ĂȘtre intrinsĂšquement. Au mitan du siĂšcle, deux critiques d’art ont plus particuliĂšrement regardĂ© ces images Baudelaire et Champfleury, dont on amalgame souvent les Ă©crits sur la caricature ou qu’on oppose44, mais qui n’interviennent pas dans les mĂȘmes conditions, car ils ne lisent pas la caricature dans une perspective commune. Selon Baudelaire, dans son essai de 1857, la caricature est un genre singulier45 » – Ă  l’écart de la hiĂ©rarchie des genres, mais aussi de la distinction entre arts majeurs et arts mineurs –, fondĂ© sur une dualitĂ© La caricature est double le dessin et l’idĂ©e, le dessin violent, l’idĂ©e mordante et voilĂ©e ; complication d’élĂ©ments pĂ©nibles [...]46 », avance-t-il. Soit la caricature intĂ©resse l’historien ou le chroniqueur et elle est, en l’espĂšce, une archive47 » susceptible de renseigner sur un Ă©vĂ©nement, une personnalitĂ© ou un courant d’opinion. Sa part d’actualitĂ© vient alors documenter le propos de l’historien qui peut en apprĂ©cier l’efficacitĂ© critique et le comique significatif », Ă  la condition d’en ressusciter le rĂ©gime allusif et le sujet. Mais Baudelaire avertit que, par cette approche iconographique, la caricature est condamnĂ©e Ă  l’obsolescence dĂšs sa parution, puisqu’elle se trouve aussitĂŽt dĂ©passĂ©e par une actualitĂ© changeante suscitant toujours de nouvelles charges, elles-mĂȘmes, Ă  leur tour emportĂ©es par le souffle incessant qui en amĂšne de nouvelles ». Soit la caricature est devenue illisible et incomprĂ©hensible du point de vue de l’histoire, n’accĂ©dant pas au rang d’archive, par une perte de son sens. Ce qui subsiste alors, toujours selon Baudelaire, c’est la caricature comme mystĂšre, Ă©nigme ou chiffre, qui fait rire, bien que la signification premiĂšre de l’image Ă©chappe. En l’espĂšce, le comique et la critique de long terme sont produits par les formes, la syntaxe et le langage mĂȘmes de la caricature, entendue comme une image dĂ©formante et dĂ©gradante, excessive et dĂ©rĂ©glĂ©e, monstrueuse et improbable, conformĂ©ment Ă  l’origine diabolique du rire. C’est ce que Baudelaire appelle le comique absolu ». Ces deux conceptions de la caricature sont presque indissociables au sein des objets elles co-existent dans chaque image satirique, en des proportions variant selon l’évĂ©nement raillĂ© et selon sa composition en vue de la satire. Mais, pour la premiĂšre fois, grĂące Ă  Baudelaire, une approche thĂ©orique a Ă©tĂ© envisagĂ©e, qui proposait de soustraire la caricature Ă  une forme de journalisme, pour lui confĂ©rer un statut artistique et esthĂ©tique – ses analyses s’appuient principalement sur les gravures des dessinateurs rĂ©unis par Philipon dans les annĂ©es 1830, et plus particuliĂšrement sur les productions de Daumier. En rĂ©sumĂ©, on peut dire que, dans la lecture baudelairienne de la caricature, c’est l’histoire malmenĂ©e qui est source de comique significatif », mais que c’est le dĂ©passement de celle-ci qui fait rire, dĂšs lors qu’une Ă©nigme s’y substitue, pour produire un comique absolu » – un rire subit et violent relevant du rire vivant et Ă©clatant » dĂ©fini par Kant48. Chez Champfleury, dont il faut rappeler qu’il est romancier et collectionneur, thĂ©oricien du rĂ©alisme, dĂ©fenseur de Courbet, historien des arts populaires et de l’image satirique, Ă  laquelle il a vouĂ© une dizaine d’études publiĂ©es durant les dĂ©cennies 1860 et 187049, l’apprĂ©ciation de la caricature intervient dans un autre registre50. Elle est une forme d’esprit » relevant de deux systĂšmes qui se croisent inextricablement soit elle oscille de l’idĂ©alisation Ă  la dĂ©valuation physique, pour railler les apparences et rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© ; soit elle hĂ©site entre la description quasi littĂ©rale de la rĂ©alitĂ© connue et le pur produit presque dĂ©raisonnable de l’imagination, en essayant de concilier la part de l’identification et celle de l’invention. 51 Charles Baudelaire, Quelques caricaturistes français », in Le PrĂ©sent, 1er octobre 1857 ; repris ... 9Qu’on prenne la dualitĂ© de Baudelaire ou les systĂšmes de Champfleury, ou bien qu’on considĂšre les craintes culturelles qu’elle inspire, on comprend que les lectures de la caricature mettent au jour le principe de l’écart. Ce rĂ©gime de l’écart est consubstantiel Ă  la caricature, qui joue entre imitation et dĂ©formation, entre l’observation d’un rĂ©fĂ©rent et sa transposition – moins que sa traduction. Baudelaire l’a notĂ© chez Daumier, Ă  propos de l’Ɠuvre duquel il invite son lecteur Feuilletez son Ɠuvre, et vous verrez dĂ©filer devant vos yeux, dans sa rĂ©alitĂ© fantastique et saisissante, tout ce qu’une grande ville contient de vivantes monstruositĂ©s51. » C’est une qualitĂ© de la caricature que de devenir une crĂ©ation viable et autonome, en dĂ©pit de sa syntaxe horrifique. Dans un roman inachevĂ©, Étienne Mayran, Hippolyte Taine dĂ©crit, sous les traits d’Armand Favart, un cancre aux yeux ardents » et Ă  la prĂ©cocitĂ© malheureuse », fanfaron de vices » Ă  la tĂȘte pourrie par un rĂ©pertoire de chansons orduriĂšres » qui, passant son temps Ă  gribouiller, n’en retire que des parodies et des caricatures dĂ©gradantes 52 Hippolyte Taine, Étienne Mayran 1861, prĂ©face de Paul Bourget, Paris, Maren Sell, Petite bibli ... Maintes fois, le maĂźtre de dessin, voyant cette facilitĂ©, l’avait encouragĂ© ; mais d’une noble statue antique, il faisait un Ă©corchĂ© grotesque ; les squelettes ricanants et indĂ©cents sortaient naturellement de sa plume ; il en Ă©tait venu Ă  ne plus faire que des ventres enflĂ©s et des poitrines haves ; il jouait avec l’horrible [...]52. 10Faire rire avec l’horrible, le monstrueux, l’atroce, le dĂ©viant, c’est l’entreprise de la caricature, qui oblige Ă  revenir aux termes de la PoĂ©tique d’Aristote. En effet, ceux-ci seraient ainsi toujours valides et actifs au sein de la caricature 53 Dans PoĂ©tique d’Aristote, traduction de J. BarthĂ©lemy Saint-Hilaire, Paris, A. Durand, 1858, p. 9- ... L’imitation poĂ©tique ayant pour objet de reprĂ©senter des hommes qui agissent, il est nĂ©cessaire que [...] les poĂštes peignent les hommes ou meilleurs qu’ils ne sont ordinairement, ou pires qu’ils ne sont, ou tels qu’ils sont ; comme font les peintres. Polygnote les peignait plus beaux que nature ; Pauson plus laids ; Denys comme ils Ă©taient53. 54 Sigmund Freud, Le Mot d’esprit et sa relation Ă  l’inconscient 1905, Paris, Gallimard, de l’inc ... 55 Rabelais indique que Zeuxis mourut Ă  force de rire, considerant le minoys et le portraict d’une ... 56 Remy de Gourmont, Les Arts et les ymages, Bertrand Tillier dir., Saint-SĂ©bastien-sur-Loire, SĂ©qu ... 57 Voir Benjamin Roubaud et le PanthĂ©on charivarique, catalogue d’exposition Paris, Maison de Balzac ... 58 Charles Fontane, Un maĂźtre de la caricature, AndrĂ© Gill, Paris, Éditions de l’Ibis, 1927, 2 vol. 59 Voir 3 rĂ©publiques vues par Cabrol et Sennep, catalogue d’exposition, Christian Delporte et Lauren ... 60 Michel Foucault, Folie et dĂ©raison. Histoire de la folie Ă  l’ñge classique, Paris, Union gĂ©nĂ©rale ... 11Dans la caricature hĂ©ritĂ©e de Pauson, ces variations et ces Ă©carts, entre un rĂ©fĂ©rent et son image en pire, sont source de comique-et probablement l’idĂ©e que le plus laid » puisse devenir la norme ou la rĂ©fĂ©rence – les pĂ©ripĂ©ties de la reconnaissance » dont parle Aristote font surgir le rire. C’est pourquoi, Ă  la suite de Freud et de sa thĂ©orie de l’humour54, on doit convenir qu’il n’existe pas de caricature involontaire, en cela que le comique est suscitĂ© par la conciliation des rĂšgles de l’imitation et de leur sabotage simultanĂ©. N’est-ce pas ce qui ressort de la trame de la mort du peintre Zeuxis, telle que Rabelais l’a Ă©voquĂ©e dans son Quart Livre55 ? La caricature se nourrit autant de l’imitation et de ses exigences – acuitĂ© de l’observation et prĂ©cision de la restitution – qui fondent toute reprĂ©sentation, que de l’altĂ©ration lĂ©gĂšre ou appuyĂ©e de ces qualitĂ©s rĂ©putĂ©es faire mentir grossiĂšrement l’image travestie ou, au contraire, la transformer en un subtil dĂ©pĂŽt de la vĂ©ritĂ© que dĂ©voile le caricaturiste. Le rire est en partie provoquĂ© par ces ambiguĂŻtĂ©s et si celles-ci sont dĂ©sactivĂ©es, la caricature s’évanouit en mĂȘme temps que le comique est dĂ©samorcĂ©. Mais il intervient surtout dans les Ă©carts que mĂ©nagent les principes actifs d’une imitation dĂ©rĂ©glĂ©e – Ă  la suite de Remy de Gourmont, on pourrait avancer que tout ce qui n’est pas photographie est caricature56 » –, mais dĂ©rĂ©glĂ©e Ă  dessein, avec des miroirs convexes ou concaves », dit encore Gourmont, un peu hĂątivement mais significativement. Le meilleur exemple en est peut-ĂȘtre fourni par l’exercice du portrait-charge, tel que le xixe siĂšcle l’a popularisĂ© et codifiĂ© jusqu’à nos jours, Ă  travers le principe dominant de la grosse tĂȘte sur petit corps, mis au point par Benjamin Roubaud dans les annĂ©es 183057, popularisĂ© par AndrĂ© Gill tout au long de la dĂ©cennie 187058, maintenu par Cabrol dans les annĂ©es 193059 et toujours pratiquĂ© de nos jours par Willem ou Plantu, jusqu’à la difformitĂ© de la tĂȘte-citrouille ou de la tĂȘte-baudruche, qui repose sur une fracture dĂ©libĂ©rĂ©e de l’unitĂ© physique du modĂšle perçu comme un ensemble solide et continu60 », Ă  laquelle Michel Foucault avait Ă©tĂ© sensible. 61 Selon l’expression de Baudelaire, dans son Salon de 1859. 62 Selon les mots de ThĂ©ophile Gautier, Ă  propos d’Un Enterrement Ă  Ornans 1849-1850, musĂ©e d’Orsay ... 63 Thierry Chabanne, Les Salons caricaturaux, Paris, RĂ©union des musĂ©es nationaux, Les Dossiers du ... 12La caricature procĂšde, en effet, du rĂ©alisme et de ses avatars qui cherchent Ă  inventorier et Ă  organiser le monde visible, pour en rĂ©vĂ©ler et en expliciter les fonctionnements moraux ou sociaux. Au point que le monde ne semble plus ĂȘtre dĂ©sormais qu’un magasin d’images61 » laides et comiques, comme au travers du regard d’Anatole, le peintre ratĂ© et blagueur des frĂšres Goncourt, dans Manette Salomon 1867. À cet Ă©gard, il n’est guĂšre surprenant que la caricature ait connu une inflation si spectaculaire au moment mĂȘme oĂč, dans les annĂ©es 1850 Ă  1870, le rĂ©alisme littĂ©raire et pictural se dĂ©veloppait et s’imposait en esthĂ©tique normative, au risque d’ĂȘtre parfois dotĂ© ou suspectĂ© d’accents voire d’intentions satiriques. Quelques critiques d’art virent dans les premiers tableaux de Gustave Courbet ou de Jean-François Millet des caricatures sĂ©rieuses62 » de tableaux, de sujets, de genres, d’art qui furent une grande source d’hilaritĂ© pour les caricaturistes du Salon et qui nourrirent leurs parodies63. Cette facultĂ© rĂ©aliste consacre la caricature comme une image lisible – une sorte de procĂšs-verbal ou d’état des lieux, conforme Ă  son objet. C’est ce que prĂ©tend implicitement AndrĂ© Gill – ami de Courbet, VallĂšs et Champfleury – quand, dans ses souvenirs, il raconte le bĂ©nĂ©fice qu’il a tirĂ©, pour son mĂ©tier de caricaturiste, de son activitĂ© premiĂšre de portraitiste mortuaire, durant les Ă©pidĂ©mies de cholĂ©ra des annĂ©es 1860 64 AndrĂ© Gill, MĂ©moires et correspondance d’un caricaturiste, Bertrand Tillier dir., Seyssel, Champ ... Je ne regrette pas que le besoin de gagner ma vie m’ait placĂ© souvent en face de ces tĂȘtes de trĂ©passĂ©s le doigt de la mort, en les modelant pour l’éternitĂ©, leur imprime d’étranges grimaces, de singuliers sourires. Pour le mĂ©tier que je fais, Ă  prĂ©sent, ce sont lĂ  de bonnes Ă©tudes64, 65 Charles Baudelaire, Quelques caricaturistes français », op. cit., p. 275. 13se souviendra-t-il. La part de mimesis, la tentation rĂ©aliste de la caricature pensĂ©e comme un constat ont souvent Ă©tĂ© perçues comme la qualitĂ© primordiale des gravures de Goya, pourtant peuplĂ©es de faces grimaçantes assimilĂ©es Ă  des monstres malĂ©fiques, ou comme le caractĂšre principal des planches de Daumier et de Grosz, et ce au mĂ©pris des dĂ©formations et des exagĂ©rations improbables, en dĂ©pit des incongruitĂ©s rĂ©fĂ©rentielles. La fortune critique de ces diffĂ©rents artistes recourant Ă  des formes caricaturales fait amplement Ă©cho Ă  leur capacitĂ© d’observation et de restitution de la triviale et terrible rĂ©alitĂ© » dĂ©signĂ©e par Baudelaire65. L’émergence progressive des genres » de la caricature comme catĂ©gories critiques, mais surtout comme pratiques et spĂ©cialitĂ©s adoptĂ©es et perpĂ©tuĂ©es – le portrait-charge, la caricature de type, la caricature de mƓurs... –, va dans le sens de cette approche naturaliste qui cherche Ă  structurer une vision du monde. Ces aptitudes et ces attitudes consacrent le caricaturiste comme un imitateur savant et un habile contrefacteur, qui excelle Ă  singer les autres. Ce n’est pas sans raison si, dans leur roman de la fin de l’art », Manette Salomon, les Goncourt mettent en scĂšne Coriolis le personnage du peintre tragique, son compagnon d’atelier Anatole son alter ego, sous les traits du rapin comique et farceur, copiste, parodiste et caricaturiste, incarnation par excellence de la mimesis et leur singe Vermillon. Ces trois personnages, leurs actions et leurs Ă©tats d’esprit Ă©voluent en perspective les uns des autres Coriolis peint, Anatole le caricature et Vermillon imite le parodiste. Mais Anatole, qui est nĂ© avec des malices de singe », finit par singer le singe et s’épuise dans ce jeu sans fin d’imitations. 66 Henri Bergson, Le Rire. Essai sur la signification du comique 1940, Paris, PUF, Quadrige », 19 ... 67 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 254. 68 Gustave Flaubert, Bouvard et PĂ©cuchet, Paris, Gallimard, Folio », 1979, p. 382. 69 Charles Baudelaire, Quelques caricaturistes français », op. cit., p. 273. 70 Ernst Kris et Ernst Gombrich, Principes de la caricature », op. cit. 71 Comme l’écrit Dominique Noguez en paraphrasant la dĂ©finition de la lecture donnĂ©e par Sartre dans... 14La complicitĂ© d’Anatole et Vermillon en est un symptĂŽme que les Goncourt ont compris la caricature est douĂ©e de vertus imitatives, qui forment une sĂ©rie de pratiques – voire de mĂ©caniques, si l’on se rĂ©fĂšre aux thĂ©ories de Bergson, dans son essai sur Le Rire66 – la consacrant simultanĂ©ment comme un espace de la dĂ©formation Ă  vocation comique. Il faut donc observer les dispositifs plastiques qui composent la syntaxe, dont dispose le caricaturiste pour malmener la reprĂ©sentation et pour en fournir une image hybride et imprĂ©vue, indĂ©cise et immĂ©diatement risible, conformĂ©ment au rire subit » dont parle Baudelaire67. Cette grammaire est essentiellement d’ordre plastique et elle peut ĂȘtre rapprochĂ©e du trait de force » qu’évoque Flaubert dans Bouvard et PĂ©cuchet68 – ce trait de force » ressortit Ă  la maĂźtrise du dessin, entre l’intelligence de l’Ɠil et la sĂ»retĂ© de la main. AppliquĂ© Ă  la caricature, il peut garantir l’efficacitĂ© critique et comique de cette imagerie. En une mĂ©taphore efficace, Baudelaire parle d’une espĂšce d’argot plastique69 » sollicitant la condensation jusqu’à l’ablation, l’exagĂ©ration jusqu’à la difformitĂ©, le dĂ©placement jusqu’à l’inversion, dans un systĂšme oĂč la reprĂ©sentation cristallise dĂ©finitivement le transitoire. Ces pratiques procĂšdent de ce que Kris et Gombrich ont appelĂ© une rĂ©gression volontaire70 », dont l’agressivitĂ© exprimĂ©e est Ă  l’égal du comique provoquĂ© par le dĂ©tournement des moyens mĂȘmes de l’imitation et de la reprĂ©sentation. La caricature comme crĂ©ation dirigĂ©e71 » est donc un art cultivant Ă  dessein la dissonance et la dysharmonie, pour pouvoir susciter une irritation que le rire viendra sanctionner. 72 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 254. 73 Jeanne Favret-Saada, Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins, Paris, Les Pra ... 15Dans cette perspective, il faut prendre en compte les mesures graphiques mĂ©tamorphiques qui permettent de briser, d’une part, l’unitĂ© physique du visible et plus particuliĂšrement du corps engagĂ© comme rĂ©fĂ©rent, support et incarnation, et d’autre part, les normes de la reprĂ©sentation ou les codes de l’idĂ©alisation, en leur substituant une combinatoire qui incarne autrement le mĂ©canomorphisme, la tĂ©ratogĂ©nie, la rĂ©ification, le zoomorphisme, l’entomomorphisme, la daphnĂ©isation... Toutes ces mutations, partielles ou globales, qui fondent le langage de la caricature moderne et lui donnent encore cours, de mĂȘme que tous les jeux graphiques issus d’un rĂ©gime gĂ©nĂ©ral de la disjonction-les disproportions internes Ă  la composition, les rĂ©ductions ou les grossissements partiels, les dĂ©placements, les glissements, les dĂ©calages Ă  portĂ©e ludique... –, disloquent la perception rationnelle attachĂ©e Ă  la rĂ©putation mimĂ©tique premiĂšre de l’image, en y introduisant une abstraction Ă©nigmatique, source de comique c’est le chiffre » de Baudelaire72, que le spectateur est invitĂ© Ă  essayer de sanctionner, dĂ©crypter et rectifier, en riant brutalement de l’étrangetĂ© produite. C’est donc Ă  l’intersection de l’imitation et de la dĂ©formation, sous le rĂšgne de l’altĂ©ration -–également renforcĂ©e par le registre des lĂ©gendes, disjonctives ou contradictoires avec la part visuelle de la caricature – que surgit le rire dans la caricature, nĂ© du plaisir trouble de singer » dans les deux sens confondus et maĂźtrisĂ©s du terme, imiter et railler, mais aussi de la nĂ©cessitĂ© de se prĂ©munir des inquiĂ©tudes que vĂ©hicule cette imagerie dans les sociĂ©tĂ©s contemporaines, comme l’ont montrĂ©, l’affaire des caricatures du ProphĂšte 2005-2006, les rĂ©actions et les considĂ©rations s’alarmant soudainement du pouvoir dĂ©vastateur de la caricature capable de produire un rire attentatoire, sacrilĂšge et profanateur73. Notes 1 Les notices de Jean-François Marmontel furent ultĂ©rieurement reprises dans ses ÉlĂ©ments de littĂ©rature Paris, Firmin-Didot, 1846, 3 vol.. 2 GĂ©rard Genette, Palimpsestes. La littĂ©rature au second degrĂ© 1982, Paris, Éditions du Seuil, Points Essais », 1992. 3 Jean Émelina, Le Comique, essai d’interprĂ©tation gĂ©nĂ©rale 1991, Paris, SEDES, 1996. 4 SĂ©golĂšne Le Men, Daumier et la caricature, Paris, Citadelles & Mazenod, 2008, p. 28-32. 5 Dans Charlie Hebdo, 27 mai 1974. 6 Pierre Jourde, Empailler le torĂ©ador. L’incongru dans la littĂ©rature française, Paris, JosĂ© Corti, Les Essais », 1999. 7 Bernard Vouilloux, Champfleury et le “matĂ©riel de l’art” le langage de l’imagerie populaire », in Romantisme, n°o 134, 2006-4, p. 107-116 p. 107 pour la citation. 8 Michel Ragon, Le Dessin d’humour. Histoire de la caricature et du dessin humoristique en France 1960, Paris, Éditions du Seuil, Point Virgule », 1992 ; Michel Melot, L’ƒil qui rit. Le pouvoir comique des images, Paris, BibliothĂšque des arts, 1975 ; Bertrand Tillier, À la charge ! La caricature en France de 1789 Ă  2000, Paris, Éditions de l’Amateur, 2005 ; Laurent Baridon et Martial GuĂ©dron, L’Art et l’histoire de la caricature, Paris, Citadelles & Mazenod, 2006. 9 Éric Smadja, Le Rire, Paris, PUF, Que sais-je ? », 1993, p. 3. 10 Charles Baudelaire, De l’essence du rire et gĂ©nĂ©ralement du comique dans les arts plastiques » 1855 ; repris dans CuriositĂ©s esthĂ©tiques, Ă©dition Ă©tablie par Henri Lemaitre, Paris, Garnier, 1986, p. 241-263. 11 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 243. 12 Daniel MĂ©nager, La Renaissance et le rire, Paris, PUF, Perspectives littĂ©raires », 1995, p. 80. 13 Celui auquel le rire est Ă©tranger. 14 Jacques Le Goff, Rire au Moyen Âge » 1989, et Le rire dans les rĂšgles monastiques du Haut Moyen Âge » 1990 ; repris dans Un autre Moyen Âge, Paris, Gallimard, Quarto », 1999, respectivement p. 1 343-1 356 et p. 1 357-1 368. 15 Jacques Le Goff, Le rire dans les rĂšgles monastiques... », op. cit., p. 1 357. 16 Max Milner, Le Diable dans la littĂ©rature française, de Cazotte Ă  Baudelaire, 1772-1861 1971, Paris, JosĂ© Corti, 2007. 17 Jacques Le Goff, Rire au Moyen Âge », op. cit., p. 1 353. 18 Colette Arnould, La Satire, une histoire dans l’histoire, Paris, PUF, littĂ©raires », 1996. 19 Jacques Le Goff, Rire au Moyen Âge », op. cit., p. 1 343. 20 Robert Elliot, The Power of Satire Magic, Ritual, Art, Princeton, Princeton UniversitĂ© Press, 1960. 21 Werner Hofmann, La Caricature de Vinci Ă  Picasso, Paris, GrĂŒnd/Somogy, 1958, p. 114. 22 Voir William Hogarth, catalogue d’exposition Paris, MusĂ©e du Louvre, 20 octobre 2006-8 janvier 2007, Ă©tabli par Mark Hallett et Christine Riding, Paris, MusĂ©e du Louvre/Hazan, 2006. 23 CitĂ© par AndrĂ© Blum, La Caricature rĂ©volutionnaire, Paris, Jouve, 1916, p. 195-196. 24 Jacques-Louis David, L’ArmĂ©e des cruches, eau-forte, 1793-1794, Paris, BNF, Dc Vinck ». Voir Jacques-Louis David, le discours scatologique de la RĂ©volution française et l’art de la caricature », in Politique et polĂ©miques. La caricature française et la RĂ©volution, 1789-1799, catalogue d’exposition, Los Angeles, Press of University of California, 1988 ; Paris, BNF, 1989, p. 69-85. 25 Robert Justin Goldstein, Censorship of Political Caricature in Nineteenth Century France, Kent/Londres, Kent State University Press, 1989 ; Jean-Michel Renault, Censure et caricatures, Paris, Pat Ă  pan/Reporters sans frontiĂšres, 2006. 26 Ainsi, le nazisme et le fascisme ont-ils eu recours au langage de la satire graphique, en particulier dans des productions antisĂ©mites. Voir JoĂ«l et Dan Kotek, Au nom de l’antisionisme. L’image des Juifs et d’IsraĂ«l dans la caricature, Bruxelles, Ă©ditions Complexe, 2003 ; Marie-Anne Matard-Bonucci, AntisĂ©mythes. L’image des juifs entre culture et politique 1848-1939, Paris, Nouveau Monde Ă©ditions, 2005. 27 Alexandre Vatline et Larissa Malachenko, Dessine-moi un Bolchevik. Les caricaturistes du Kremlin, 1923-1937, Paris, Tallandier, 2007. 28 In Le Monde, 25 avril 2002. Le dessin est repris dans Plantu, La France Ă  la baguette. L’annĂ©e 2002 par Plantu, Paris, Éditions du Seuil, 2002, p. 120. 29 Yves Bordenave, Marc Blondel “atteinte dans son honneur” par un dessin de Plantu », in Le Monde, 16 octobre 2005. Blondel fut finalement dĂ©boutĂ© voir Le Monde, 27 janvier 2006. 30 CitĂ© par VĂ©ronique Murus, La mouche », in Le Monde, 29-30 avril 2007. À la suite, Plantu prĂ©cisa Bien sĂ»r, dĂšs le lendemain, j’ai dessinĂ© trois mouches ! » 31 Voir la sĂ©rie de 3 volumes d’AndrĂ© Ribaud, dessins de Moisan La Cour, chronique du royaume 1961, Le Roi, chronique de la Cour 1962 et Le RĂšgne, chronique de la Cour 1967, parus chez R. Julliard Paris. 32 Voir Moisan histoire d’une RĂ©publique de De Gaulle Ă  Mitterrand, catalogue d’exposition, Paris, musĂ©e-galerie de la SEITA, 1993 ; la plaquette Que dit le volatile ? Les prĂ©sidents de la Ve RĂ©publique, Moisan et l’histoire de France, Paris, Archives nationales, 2007. 33 Annie Duprat, Le Roi dĂ©capitĂ©. Essai sur les imaginaires politiques, Paris, Éditions du Cerf, 1992 ; Antoine de Baecque, Le Corps de l’histoire mĂ©taphore et politique, 1770-1800, Paris, Calmann-LĂ©vy, 1993. 34 Catherine Clerc, La Caricature contre NapolĂ©on, Paris, Promodis, 1985. 35 Annie Jourdan, NapolĂ©on, hĂ©ros, imperator, mĂ©cĂšne, Paris, Aubier, 1998. 36 Louis Veuillot, Paris pendant les deux siĂšges, 2 vol., Paris, Victor PalmĂ©, 1871, vol. 1, p. 362-363. 37 George Grosz, Un petit oui et un grand non 1955, NĂźmes, Éditions Jacqueline Chambon, 1990. 38 Ernst Kris et Ernst Gombrich, Principes de la caricature » 1940 ; repris par Ernst Kris, Psychanalyse de l’art 1952, Paris, PUF, Le fil rouge », 1978, p. 231-250. 39 Jules VallĂšs, ƒuvres, Ă©dition Ă©tablie par Roger Bellet, Paris, Gallimard, BibliothĂšque de la PlĂ©iade », 2 vol., 1975 et 1990 vol. 1, p. 967-968. 40 Bernard Sarrazin, Le Rire et le sacrĂ©. Histoire de la dĂ©rision, Paris, DesclĂ©e de Brouwer, 1991, p. 10. 41 Ibid. 42 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 260. 43 Charles Baudelaire, Mon cƓur mis Ă  nu », XXXVIII ; in ƒuvres complĂštes, t. 1, Claude Pichois dir., Paris, Gallimard, BibliothĂšque de la PlĂ©iade », 1975, p. 701. 44 Champfleury, Son regard et celui de Baudelaire, Ă©dition Ă©tablie par GeneviĂšve et Jean Lacambre, Paris, Hermann, 1990. 45 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 241. 46 Ibid., p. 247. 47 Ibid., p. 242. 48 Emmanuel Kant, Critique de la facultĂ© de juger, Ă©dition et traduction d’Alexis Philonenko, Paris, J. Vrin, 1993, p. 238. 49 Voir Champfleury, l’art pour le peuple, catalogue d’exposition Paris, MusĂ©e d’Orsay, 13 mars-17 juin 1990, Ă©tabli par Luce AbĂ©lĂšs et GeneviĂšve Lacambre, Paris, RĂ©union des musĂ©es nationaux, 1990. 50 Bernard Vouilloux, Champfleury et le “matĂ©riel de l’art”... », op. cit. 51 Charles Baudelaire, Quelques caricaturistes français », in Le PrĂ©sent, 1er octobre 1857 ; repris dans CuriositĂ©s esthĂ©tiques, op. cit., p. 278 et 280. 52 Hippolyte Taine, Étienne Mayran 1861, prĂ©face de Paul Bourget, Paris, Maren Sell, Petite bibliothĂšque du xixe siĂšcle », 1991, p. 61. 53 Dans PoĂ©tique d’Aristote, traduction de J. BarthĂ©lemy Saint-Hilaire, Paris, A. Durand, 1858, p. 9-10 II, 2. 54 Sigmund Freud, Le Mot d’esprit et sa relation Ă  l’inconscient 1905, Paris, Gallimard, de l’inconscient », 1990. 55 Rabelais indique que Zeuxis mourut Ă  force de rire, considerant le minoys et le portraict d’une vieille par luy representĂ©e en paincture » Quart Livre, chapitre xvii, dans François Rabelais, ƒuvres complĂštes, Mireille Huchon et François Moreau dir., Paris, Gallimard, BibliothĂšque de la PlĂ©iade ; 15 », 1994, p. 580. 56 Remy de Gourmont, Les Arts et les ymages, Bertrand Tillier dir., Saint-SĂ©bastien-sur-Loire, SĂ©quences, 2006, p. 228. 57 Voir Benjamin Roubaud et le PanthĂ©on charivarique, catalogue d’exposition Paris, Maison de Balzac, 31 mai-31 aout 1988, Valerie Guilllaume et Segolene Le Men dir., Paris, Maison de Balzac, 1988. 58 Charles Fontane, Un maĂźtre de la caricature, AndrĂ© Gill, Paris, Éditions de l’Ibis, 1927, 2 vol. 59 Voir 3 rĂ©publiques vues par Cabrol et Sennep, catalogue d’exposition, Christian Delporte et Laurent Gervereau dir., Nanterre, MusĂ©e d’histoire contemporaine/BDIC, 1996. 60 Michel Foucault, Folie et dĂ©raison. Histoire de la folie Ă  l’ñge classique, Paris, Union gĂ©nĂ©rale d’éditions, Le Monde en 10-18 ; 169-170 », 1964, p. 140. 61 Selon l’expression de Baudelaire, dans son Salon de 1859. 62 Selon les mots de ThĂ©ophile Gautier, Ă  propos d’Un Enterrement Ă  Ornans 1849-1850, musĂ©e d’Orsay. Voir ThĂ©ophile Gautier, Courbet, le Watteau du laid, Ă©dition Ă©tablie par Christine Sagnier, Paris, SĂ©guier, CarrĂ© d’art », 2000, p. 40 La Presse, 11 mai 1852. 63 Thierry Chabanne, Les Salons caricaturaux, Paris, RĂ©union des musĂ©es nationaux, Les Dossiers du MusĂ©e d’Orsay », 1990. 64 AndrĂ© Gill, MĂ©moires et correspondance d’un caricaturiste, Bertrand Tillier dir., Seyssel, Champ Vallon, Dix-neuviĂšme », 2006, p. 318. 65 Charles Baudelaire, Quelques caricaturistes français », op. cit., p. 275. 66 Henri Bergson, Le Rire. Essai sur la signification du comique 1940, Paris, PUF, Quadrige », 1989. 67 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 254. 68 Gustave Flaubert, Bouvard et PĂ©cuchet, Paris, Gallimard, Folio », 1979, p. 382. 69 Charles Baudelaire, Quelques caricaturistes français », op. cit., p. 273. 70 Ernst Kris et Ernst Gombrich, Principes de la caricature », op. cit. 71 Comme l’écrit Dominique Noguez en paraphrasant la dĂ©finition de la lecture donnĂ©e par Sartre dans L’Arc-en-ciel des humours, Paris, Hatier, 1996, p. 16. 72 Charles Baudelaire, De l’essence du rire... », op. cit., p. 254. 73 Jeanne Favret-Saada, Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007.
AssociĂ©eplus tardivement Ă  la Lune, elle est la fille de Zeus, le roi des dieux et de la titanide LĂ©to ainsi que la sƓur jumelle d'Apollon [5]. Elle est l'une des trois dĂ©esses vierges avec Hestia et AthĂ©na. AthĂ©na (ገΞηΜ៶ / AthēnĂą ; correspondant Ă  Minerve latine) : dĂ©esse de l'intelligence, de l'habiletĂ©, de la stratĂ©gie guerriĂšre, de l'artisanat, de la sagesse et
Extract Vers la fin du rĂšgne de Louis XIV, en 1702, un jour que Torsac, des gardes du corps, Aimon, portemanteau du roi, Saint-Martin, des mousquetaires, et plusieurs autres officiers se trouvaient rĂ©unis, ces messieurs firent mille plaisanteries sur une migraine dont l'un d'eux souffrait, et proposĂšrent d'apposer une calotte de plomb sur la tĂȘte du malade. La conversation s'Ă©chauffa. L'idĂ©e en naquit de corriger les moeurs, de combattre par l'arme du ridicule les styles alors Ă  la mode et d'Ă©riger un tribunal opposĂ© Ă  celui de l'AcadĂ©mie. Pour mener Ă  bien une pareille entreprise, il fallait des troupes Ă©prouvĂ©es. Aussi ne jugea-t-on pas pouvoir mieux faire que de crĂ©er un rĂ©giment oĂč l'on incorporerait les personnes qui se distingueraient par l'extravagance de leurs discours et de leurs actions. Summary SummaryThis study explores the case of a group of “laughers” which was particularly active during the first half of the 18th century, the Skullcap Regiment. This group, while reaffirming its aristocratie cultural heritage, sought to play the role of jester in the king's court. The Skullcap Regiment also occupies a particular place in the literary scene of the time, fighting against the “vulgarity” of the farce and the grotesque and opposing the tragedians and the academics in the name of a reasoned and guarded use of laughter. Finally this study focuses on the rituals practiced by this group of merrymakers initiations, invectives, punitive expeditions; it is by way of this particular ceremony that the group forges an identity that of “bel esprit”. References 1. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon Ier, Paris, 1732, BN Z 17183 b, pp. Sur le RĂ©giment de la calotte, on consultera Hennet, LĂ©on, Le RĂ©giment de la calotte, Paris, 1886 Google Scholar ; Dinaux, Arthur, Les sociĂ©tĂ©s badines, bachiques, chantantes et littĂ©raires, Paris, 1867, I, pp. 134–142 Google Scholar, II, pp. Eloge historique ou l'histoire panĂ©gyrique et caractĂ©ristique d'Emanuel de Torsac, monarque universel du monde sublunaire, gĂ©nĂ©ralissime du RĂ©giment de la calotte, prononcĂ© au Champ de Mars, et dans la chaire d'Erasme, par un orateur du RĂ©giment, sd, BN Z 3475 b, p. JournĂ©e calottine, dialogues, si, 1732, BN Z 17183, pp. MĂ©moires pour servir Ă  l'histoire de la calotte, BĂąle, Brandmyller, 1725 ; Recueils des piĂšces du RĂ©giment de la calotte, Paris, chez Jacques Colombat, imprimeur privilĂ©giĂ© du rĂ©giment, l'an de l'Ăšre calottine 7726 ; MĂ©moires pour servir Ă  l'histoire de la calotte, Ă  Moropolis. chez le libraire de Momus, Ă  l'enseigne du JĂ©suite dĂ©masquĂ©, 1739 ; MĂ©moires
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, de l'imprimerie calottine, Bigarrures calottines, IV, 1732, p. 23, BN Z Cette crise de la culture française a Ă©tĂ© analysĂ©e par Koselleck, Reinhart, Le rĂšgne de lu critique, Paris, Éditions de Minuit, 1979 Google Scholar. Dans la premiĂšre partie de Dire et mal dire. L'opinion publique au XVIIIe siĂšcle, Paris, Le Seuil, 1992, Ariette Farge pointe Ă©galement les phĂ©nomĂšnes de ruptures dans la culture apparus autour de Castre Dauvigny, Jean du, Observations critiques sur le Temple du goĂ»t, Paris, 1733, p. Scholar 9. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon I”, op. cit., p. On lira, de Dancourt, les farces successives, Le chevalier Ă  la mode, Paris, 1688 ; L'impromptu de garnison, Paris, 1693 ; La foire de Besons, Paris, 1695 ; La foire Saint- Germain, Paris, 1696 ; Le retour des officiers, Paris, 1697 ; Les curieux de CompiĂšgne, Paris, 1698 ; Le prix de l'arquebuse, Paris, 1707 ; Le bon soldat, Paris, 1708. Les ƒuvres de Dancourt, Paris, 1818, en cinq volumes, sont prĂ©cĂ©dĂ©es d'une Notice sur la vie de Florent d'Ancour, le fou divertissant » et Emontey, P. E. , dans le tome II de ses ƒuvres complĂštes, Paris, 1840 Google Scholar, consacre une partie de ses Ă©crits Ă  la carriĂšre du Les curieux de CompiĂšgne, Paris, 1698, BN Yf Gacon, Le poĂšte sans fard, si, 1698, p. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon Ier, op. cit., p. CitĂ© par RauniÉ, Emile, Chansonnier historique du XVIIIe siĂšcle, Paris, 1879, I, p. Scholar 15. La journĂ©e calottine, en dialogues, op. cit., p. Relations du royaume de Candavia envoyĂ©es Ă  Mme la comtesse de D***, Ă  Jovial, chez Le Goguenard, 1731, p. Lettre d'un rat calottin Ă  Citron Barbet au sujet de l'histoire des chats, par M. de Montgrif [Plantavit de la Pause], chez Maturin Lunard, imprimeur et libraire du RĂ©giment de la calotte, avec approbation et privilĂšge de l'État major du RĂ©giment, 1727, p. La question de l' honnĂȘtetĂ© » et du bel esprit » peut ĂȘtre remise en perspective grĂące Ă  deux ouvrages Magendie, Maurice, La politesse mondaine et les thĂ©ories de l'honnĂȘtetĂ© en France, Paris, PUF, 1925 Google Scholar ; Dens, Jean-Jacques, L'honnĂȘte homme et la critique du goĂ»t. EsthĂ©tique et sociĂ©tĂ© au XVIIesiĂšcle, French Forum Publishers, 1970 Google Scholar. On se reportera Ă©galement Ă  l'article de Dominique Bertrand, Du bon usage du rire et de la raillerie selon le discours de la civilitĂ© en France au XVIIe siĂšcle », Savoir vivre, I, CĂ©sura Lyon Édition, Lettre d'un rat calottin, op. cit., p. On se reportera au portrait du Bel esprit tel que le propose la prĂ©face au Dictionnaire nĂ©ologique Ă  l'usage des beaux esprits, Paris, 1726, BN m 14018 [par l'abbĂ© desfontaines].21. E. RauniĂ©, Chansonnier historique, op. cit., p. PremiĂšre sĂ©ance des États calottins, chez Momus, aux Ă©tats de la lune, l'an calottin 7724, BN Y2 48866, p. On trouvera la dĂ©nomination de divins abbĂ©s » ainsi que quelques commentaires sur ce groupe littĂ©raire dans les MĂ©moires du duc de Villars, La Haye, 1735, III, pp. 213-217 [textes rĂ©unis par Plantavit de la Pause, proche de Villars et calottin lui-mĂȘme].24. Le carnaval du Parnasse, ballet hĂ©roĂŻque, aux dĂ©pens de l'AcadĂ©mie française [par Fuzelier], BN Yf 699, p. François Gacon, Nouvelles satyres contre les femmes, 1695 ; Discours satyrique, 1696 ; Le poĂšte sans fard, 1698 ; HomĂšre vengĂ©, 1715 ; Le journal satyrique interceptĂ©, 1719 ; Le secrĂ©taire du Parnasse, Guillaume Plantavit de la Pause, Le JansĂ©nisme dĂ©masquĂ©, 1715 ; Politique et intrigue des jĂ©suites, 1716 ; PremiĂšre sĂ©ance des Ă©tats calottins, 1724 ; Lettre d'un rat calottin, 1727 ; RĂ©ponse d'un rat Ă  un chat, Jean Baptiste Joseph WiLlartde GrĂ©court, Les Rillons-Rillettes, ou la bulle Unigenitus, 1727 ; Histoire vĂ©ritable et divertissante des rieurs de ce siĂšcle, 1735 ; Maranzakiniana, Pierre Charles Roy, Le carnaval et la folie, 1717; Le Palais Royal, divertissement, 1719 ; A Momus, philosophe, le jour de sa majoritĂ©, 1727 ; Le ballet des sens, 1732 ; Apologie des auteurs censurĂ©s, 1733 ; Amusements lyriques, Pierre François Guyotdesfontaines, Lessenrimente d' 1723 -justification du bel esprit français, 1726 ; Dictionnaire nĂ©ologique Ă  l'usage des beaux esprits, 1726 ; Les amusements de Burlon de la Busbaquerie, 1731 ; Lettres sur l'histoire des rats, 1732 ; Lettres sur l'histoire des chats, 1732 ; Le nouvelliste du Parnasse, 1733 ; Amusements historiques, 1735 ; L'esprit de l'abbĂ© desfontaines, Bosc du Bouchet La journĂ©e calottine, dialogues, 1732 ; Le Conseil de Momus et la revue de son RĂ©giment, poĂšme calottin, Louis Fuzelier, Momus exilĂ©, 1725 ; Momus fabuliste, 1727 ; Discours sur les parodies, 1731 ; Le carnaval du Parnasse, Alexis Piron, Le chiffonnier du Parnasse, 1732 ; Les deux tonneaux, 1744 ; Le temple de mĂ©moire, 1744 ; La RamĂ©e et Dondon, 1748 ; L'origine des puces, 1751 ; Pironiana, ou recueil des aventures plaisantes de Piron, Les divertissements de Carnaval, au mandarinat de l'abbĂ© G***, 1738, BN Ln27 18296, p. Il semblerait que les quatre principaux poĂštes calottins orientent ainsi leurs productions brevetĂ©es Ă  Roy les querelles littĂ©raires, Ă  Margon les disputes religieuses, Ă  Gacon les affaires de la cour et de la ville, Ă  Piron les Ă©loges funĂšbres et les rĂšglements internes au Le Conseil de Momus et la revue de son RĂ©giment, poĂšme calottin, au Palais de Momus, 1734, BN Ye 12249, p. Dialogue du Parnasse, chez le concierge de l'AcadĂ©mie, sd, BN Ye 12431, p. Dialogue du Parnasse, op. cit., p. Sur la farce d'Ancien RĂ©gime, on se reportera au livre classique d' Campardon, Émile, Les spectacles de la foire, Paris, 1877 Google Scholar ; puis Ă  l'Ă©tude de Isherwood, Robert, Farce and Fantasy. Popular Entertainment in Eighteenth-Century Paris, Oxford University Press, 1986 Google Scholar ; tout en se rĂ©fĂ©rant Ă  l'ouvrage Ă©clairant les origines de ces spectacles, Bowen, Barbara, Les caractĂ©ristiques essentielles de la farce française et leur survivance dans les annĂ©es 1520-1620, Illinois, Urbana, Scholar 39. Il s'agit du dramaturge Le Grand, brevet datĂ© du 24 octobre 1721, citĂ© dans L. Hennet, Le RĂ©giment de la calotte, op. cit., p. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon Ier, op. cit., p. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon 1er, op. cit., p. Justification du bel esprit français, Paris, 1726, BN Li4 8, p. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon Ier, op. cit., p. CitĂ© par L. Hennet, Le RĂ©giment de la calotte, op. cit., p. Momus exilĂ©, par Fuzelier, Critique du ballet des Ă©lĂ©ments, reprĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par les ComĂ©diens Italiens du Roy le 25 juin 1725, BN Yth 11975, p. Gaiffe, FĂ©lix, Étude sur le drame en France au XVIIIe siĂšcle, Paris, 1910 Google Scholar rééd. 1970 ; Lancaster, Carrington, French Tragedy in the Time of Louis XV and Voltaire 1715-1774, Johns Hopkins Press, Scholar 47. Brevet adressĂ© au Sieur CrĂ©billon, le 5 dĂ©cembre 1729, reproduit dans les MĂ©moires pour servir Ă  l'histoire de la calotte, op. cit., Ă©dition de 1735, pp. Brevet adressĂ© au Sieur CrĂ©billon, op. cit. 49. On trouvera plusieurs exemples de cette satire contre la rhĂ©torique parlementaire dans L. Hennet, Le RĂ©giment de la calotte, op. cit., p. 155 ss. Sur les oppositions rhĂ©toriques au dĂ©but du 18esiĂšcle, on se reportera Ă  Fumaroli, Marc, L'Ăąge de l'Ă©loquence, rhĂ©torique et res literaria de la Renaissance Ă  l'Ă©poque classique, GenĂšve, Droz, Scholar 50. Discours Ă  l'occasion d'un discours sur les parodies, Paris, 1731, BN Z L. Hennet consacre un chapitre entier de son anthologie, Le RĂ©giment de la calotte, op. cit., aux rapports des calottins avec les Le carnaval du Parnasse, op. cit., p. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon Ier, op. cit., p. Apologie des auteurs censurĂ©s, si, 1733, [par Roy], p. Dictionnaire nĂ©ologique Ă  l'usage des beaux esprits, op. cit. 56. Éloge historique ou l'histoire panĂ©gyrique et caractĂ©ristique d'Emanuel de Torsac, op. cit., pp. Le temple d'ignorance, au palais de Momus, 1739, BN Ye CitĂ© par Hennet, Le RĂ©giment de la calotte, op. cit., p. 134 ; et l'ArrĂȘt des États de la calotte portant condamnation de bannissement contre certains dĂ©linquants envers la raison et la langue Que le collĂšge des quarante, Qui nous professe Ă  Paris, L'art de quarrer la pĂ©riode Et de torturer les esprits, Qui tient ouvert, Ă  juste prix, Magasin de mots Ă  la mode, GlaciĂšres Ă  rafraĂźchir l'Ode, Moules oĂč chaque jour l'on fait des harangues de Dom Japhet, Est par jugement authentique CondamnĂ© Ă  fermer boutique, MĂ©moires pour servir Ă  l'histoire de la calotte, op. cit., pp. L. Hennet, Le RĂ©giment de la calotte, op. cit., pp. Brevet adressĂ© au Sieur Fontenelle le 14 mai 1724, reproduit dans les MĂ©moires pour servir Ă  l'histoire de la calotte, op. cit., Ă©dition de 1735, pp. Nouvelles calottines, du 16 juin 1731, rĂ©cit reproduit dans les MĂ©moires pour servir Ă  l'histoire de la calotte, op. cit., pp. Sur la France d'Ancien RĂ©gime comme sociĂ©tĂ© de corps ritualisĂ©s » on se reportera Ă  The Political Culture of the Old RĂ©gime, K. M. Baker Ă©d., Oxford, Pergamon Press, 1987 ; Rites of Power Symbolism, Ritual and Politics in Modem Europe, S. Wilentz Ă©d., Philadelphie, 1985 ; Baecque, A. de, Le corps de l'histoire. MĂ©taphores et politique 1770-1800, Paris, Calmann-LĂ©vy, Scholar 63. Le Conseil de Momus et la revue de son RĂ©giment, op. cit., p. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon Ier, op. cit., pp. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon Ier, op. cit., p. Lettre d'un rat calottin Ă  Citron Barbet, op. cit., p. PremiĂšre sĂ©ance des Ă©tats calottins, Ă  Babylone, chez Pierre de la Lune, rue des rats, 1724, p. Formulaire du cĂ©rĂ©monial en usage dans le RĂ©giment de la calotte, observĂ© dans chaque emploi lors de la rĂ©ception des nouveaux calottins. On y a joint un recueil des chansons qui ont Ă©tĂ© faites jusqu'Ă  prĂ©sent Ă  ce sujet, si, 1715, BN H Les divertissements de carnaval, slnd, BN G 6967, p. Association de la RĂ©publique babinienne au RĂ©giment de la calotte, slnd, BN Z 17183 1, p. Le Conseil de Momus et la revue de son RĂ©giment, op. cit., p. Dinaux, A., Les sociĂ©tĂ©s badines, bachiques, chantantes, et littĂ©raires, Paris, Scholar 73. MĂ©moires du duc de Villars, op. cit., III, p. CitĂ© dans A. Dinaux, Les sociĂ©tĂ©s badines, bachiques, chantantes et littĂ©raires, op. cit., I, p. Il est fait mention de ces sarabandes dans les MĂ©moires du comte de Maurepas, 1791, Paris, II, p. 94 ; dans les MĂ©moires du duc de Villars, op. cit., II, p. 247 ; et dans Le journaliste amusant, Paris, 1731, BN Z 16778, pp. Le Conseil de Momus et la revue de son RĂ©giment, op. cit., p. Lettre d'un rat calottin Ă  Citron Barbet, op. cit., p. PremiĂšre sĂ©ance des Ă©tats calottins, op. cit., p. Le Conseil de Momus et la revue de son RĂ©giment, op. cit., p. Lettre d'un rat calottin Ă  Citron Barbet, op. cit., p. Eloge historique ou l'histoire panĂ©gyrique et caractĂ©ristique d'Emanuel de Torsac, op. cit., p. Plusieurs tĂ©moignages signalent cette survivance militaire, notamment le comte de SĂ©gur dans ses Souvenirs et anecdotes, Paris, 1824, 2, p. 208, Ă  propos du camp de ParamĂ© en Bretagne, pour l'annĂ©e 1779, ou d'ÉTalleville, M., La calotte du rĂ©giment Royal-Lorraine, Paris, 1820, pp. 246–251 Google Scholar. Enfin, Bonaparte a lui-mĂȘme rĂ©digĂ© un RĂšglement de la calotte du rĂ©giment de la FĂšre, en 1788, Ă©ditĂ© en 1844 par M. de Jaurgain, J. B. E. de, Les mousquetaires. Esquisses biographiques et hĂ©raldiques. Suivies d'une notice sur les deux compagnies de mousquetaires, Paris, Scholar 84. Oraison funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon Ier, op. cit. 85. Critique de la charlatanerie, chez le libraire des rats, 1726 [par Camusat], p. Justification du bel esprit français, op. cit., p. On trouvera de nombreux exemples de cette prise de conscience nobiliaire dans le livre d' Devyver, AndrĂ©, Le sang Ă©purĂ©. Les prĂ©jugĂ©s de race chez les gentilshommes français de l'Ancien RĂ©gime 1560-1720, Bruxelles, Scholar 88. A. Devyver, Le sang Ă©puré , op. cit., pp. Je renvoie ici Ă  l'analyse classique de Chaussinand-Nogaret, Guy, La noblesse au X VIII” siĂšcle, Paris, Hachette, 1976, pp. 20– Scholar 90. A. Devyver, Le sang Ă©puré , op. cit., pp. Boulainvilliers, Henry de, Lettres sur les anciens parlements de France, que l'on nomme États GĂ©nĂ©raux, Londres, 1753, t. I, p. Scholar 92. Saint-Simon, MĂ©moires, ChĂ©ruel, VIII, p. Association de la RĂ©publique babinienne au RĂ©giment de la calotte, op. cit., p. Eloge historique ou l'histoire panĂ©gyrique et caractĂ©ristique d'Emanuel de Torsac, op. cit., p. Recueil Clairambault-Maurepas, BN manuscrit, supplĂ©ment du fonds français, piĂšces n° Ana, ou Bigarrures calottines, Paris, 1730, p. Éloge historique ou l'histoire panĂ©gyrique et caractĂ©ristique d'Emanuel de Torsac, op. cit., p. Association de la RĂ©publique babinienne au RĂ©giment de la calotte, Paris, Lettres patentes donnĂ©es par le conseil calottin, pour faire battre la mĂ©daille du RĂ©giment, chez les frĂšres de la Joye, sd, BN Z 17184 b, p. CitĂ© par L. Hennet, op. cit., p. CitĂ© par L. Hennet, op. cit., pp. Chaussinand-Nogaret, G., Une histoire des Ă©lites, 1700-1848, La Haye, Mouton, 1975, pp, 23– Scholar 103. Eloge funĂšbre du gĂ©nĂ©ral Aimon Ie, op. cit., p. A. Devyver, Le sang Ă©puré , op. cit., pp. L'expression est de Claude de Seyssel, citĂ©e par Emile RauniÉ dans le Chansonnier historique du XVIIIe siĂšcle, op. cit., p. La formule est de Dupin, l'avocat de BĂ©ranger, accusĂ© pendant la Restauration d'avoir outragĂ© dans un couplet la famille royale. CitĂ© par RauniÉ, op. cit., p. E. RauniÉ, Chansonnier historique du XVIII siĂšcle, op. cit., pp. Eloge historique ou histoire panĂ©gyrique et caractĂ©ristique d'Emanuel de Torsac, op. cit., p. Le Conseil de Momus et la revue de son RĂ©giment, op. cit., p. CitĂ© par L. Hennet, Le RĂ©giment de la calotte, op. cit., pp. 45-48 et pp. CitĂ© par L. Hennet, op. cit., pp. L'art d'Ă©gayer et de simplifier le travail du Roi, sl, Paris, 1730, Ld4 1664 On se reportera aux documents rĂ©unis par L. Hennet, Le RĂ©giment de la calotte, op. cit., pp. MĂ©moires du comte de Maurepas, op. cit., II, p. Nouvelles calottines, op. cit., pp. Alain RenĂ© Lesage, Le RĂ©giment de la calotte, livret satyrique reprĂ©sentĂ© Ă  la foire Saint-Laurent le 1er septembre 1721, BN Yf 5904, pp. II-III. Lesage a connu une carriĂšre en trois temps et en trois genres. LancĂ© par la comĂ©die au dĂ©but du 18e siĂšcle Turcaret en 1708, il se rend bientĂŽt cĂ©lĂšbre pour ses romans Le Diable boiteux puis Gil Blas, avant de se consacrer, Ă  partir de 1713, au personnage d'Arlequin et au théùtre de foire. Les calottins n'ont pas pardonnĂ© ce ralliement au genre de la farce Ă  l'auteur le plus fĂ©cond du théùtre des foires Compliment du Sieur de Saint-Martin au Roi, de la part du RĂ©giment de la calotte, dans les Nouvelles calottines, op. cit., pp. Lever, Maurice, Le sceptre et la marotte. Histoire des fous de cour, Paris, Fayard, Scholar 119. On lira surtout les deux drames de Victor Hugo, Le roi s'amuse, avec François Ieret le fou Triboulet, puis Marion de Lorme, autour de Richelieu, Louis XIII et du fou L' Poissou, Raymond, Le fou raisonnable, dĂ©diĂ© Ă  M. le Marquis d'AngĂ©ly, Paris, Scholar 121. Bertrand, Dominique, Dire le rire Ă  l'Ăąge classique. ReprĂ©senter pour mieux contrĂŽler, Publications de l'universitĂ© de Provence, Scholar 122. Momus exilĂ©, op. cit., p. CitĂ© dans les Nouvelles calottines, op. cit., p. Ana, ou Bigarrures calottines, op. cit., p. Éloge historique, ou histoire panĂ©gyrique et caractĂ©ristique d'Emanuel de Torsac, op. cit., p. CitĂ© dans RauniĂ©, E., Chansonnier historique du XVIIIe siĂšcle, op. cit., VII, pp. 135– Scholar 127. L'affaire SĂ©miramis et les textes s'y rapportant occupent un chapitre dans La Bigarrure, ou mĂ©langes curieux, instructif et amusant, si, 1749, pp. L'affaire Catilina et les textes s'y rapportant occupent un chapitre dans RauniĂ©, E., Chansonnier historique du XVIIIe siĂšcle, op. cit., VII, pp. 158– Scholar 129. SĂ©rieux et Comique, chez les chats et les rats rĂ©unis, 1751, BN Ye 2435, p. Grimm, Friedrich Melchior, Correspondance littĂ©raire, philosophique et critique, depuis 1753 jusqu'en 1769, Paris, 1813, I, p. Scholar 131. Carillonnement gĂ©nĂ©ral de la calotte, opĂ©ra comique reprĂ©sentĂ© pour la derniĂšre fois au palais de Momus le 9 septembre 1752, jour de pleine lune, BN Yth 11280.
Le02 octobre 2021 à 14:30:28 :Le 02 octobre 2021 - page 12 - Topic Donc on est allé sur la LUNE avec ça ? :rire: :rire: :rire: du 02-10-2021 13:31:48 sur les forums de jeuxvideo.com
Nos parents nous les fredonnaient pendant notre enfance, et nous prenons plaisir Ă  les fredonner Ă  notre tour Ă  nos enfants
 “Dansons la capucine”, “Il Ă©tait une bergĂšre”, “Le Bon roi Dagobert”
 font partie de notre enfance. Mauis en y regardant de plus prĂšs, on se rend compte que les comptines ne sont pas toujours aussi tendres que nous le pensons
 Pour preuve, le chat de la MĂšre Michel qui finit vendu, ou pendu, ou encore les sous-entendus grivois que contiendrait “Au clair de la lune”
 Certaines, d’origine rĂ©volutionnaire ou populaire, peuvent ĂȘtre empreintes de violences Il Ă©tait une bergĂšre » ou Ne pleure pas Jeannette ». Les comptines auraient-elles un sens cachĂ© ?Pour autant, pas question de se priver du plaisir de les chanter avec nos enfants ! Car leur sonoritĂ©, leur musicalitĂ©, en font des chansonnettes qui restent gaies et lĂ©gĂšres ! Voici le sens cachĂ© de 10 comptines pour enfants. Dansons la capucineCette comptine se dansait dĂšs 1868 en formant une ronde. Les parents remarqueront la rĂ©pĂ©tition de certains sujets sensibles, comme celui de la misĂšre y’ a pas de pain chez nous ». On se moque d’une voisine qui est riche mais qui voit sa maison brĂ»ler Maman, pourquoi elle pleure la voisine ? », rĂ©ponse Parce que sa maison est en feu ». Autre couplet tout aussi sympathique Y'a du plaisir chez nous, on pleure chez la voisine, on rit toujours chez nous ».Maman les p’tits bateauxLa chanson Maman les p'tits bateaux » est une comptine enfantine française adaptĂ©e du roman Peter Ibbetson » de George du Maurier en 1891. Dans celle-ci, la maman se moque de son enfant aprĂšs plusieurs questions sous-entendues idiotes » en lui rĂ©pondant mais oui mon gros bĂȘta ».Le Bon Roi DagobertLa chanson Le Bon Roi Dagobert » date de 1750 et Ă©voque deux personnages historiques le roi mĂ©rovingien Dagobert Ier et son principal conseiller, saint Éloi. Certaines paroles font rĂ©fĂ©rence Ă  la pĂ©riode rĂ©volutionnaire et visent Ă  ridiculiser la royautĂ©. La plus connue est sans aucun doute Le bon roi Dagobert a mis sa culotte Ă  l'envers », qui fait tant rire les enfants. Autre phrase Le bon roi Dagobert craignait fort d'aller en enfer » et la rĂ©ponse cinglante de Saint Eloi Je crois bien ma foi que vous y irez tout droit ».C’est la MĂšre Michel C'est la mĂšre Michel » est une comptine française trĂšs populaire datant de 1820. Dans le texte, une allusion renvoie au chantage que l’on fait souvent aux enfants Donnez une rĂ©compense il vous sera rendu ». Quant Ă  la phrase Si vous m’ rendez mon chat vous aurez un baiser », elle sous-entend qu’il faudrait user de ses charmes pour obtenir quelque chose. Enfin, selon les versions, on peut avoir Ă©galement votre chat sera vendu ou pendu ». PlutĂŽt cruel, non ?Une souris verte Une souris verte » est une chanson enfantine trĂšs connue datant du XVIIIe siĂšcle. Les paroles font rĂ©fĂ©rence Ă  la guerre de VendĂ©e qui s’est dĂ©roulĂ©e au cours de la RĂ©volution française. La souris verte reprĂ©sente un officier vendĂ©en, capturĂ© par un soldat rĂ©publicain. Ce dernier le prĂ©sente Ă  ses supĂ©rieurs, mais s'ensuit la torture et la mise Ă  mort du prisonnier. A la fin de la chanson, le soldat finit par ĂȘtre rĂ©compensĂ© par une piĂšce de Ă©tait une bergĂšreCette comptine, qui date de 1860, est trĂšs dure pour les tout-petits. En effet, la bergĂšre, en colĂšre, tue son chaton. Et le comble de l’histoire, elle n’est mĂȘme pas punie par son pĂšre pour cet acte violent. Autre sens cachĂ© Laisser le chat aller au fromage » signifiait, en ancien français, perdre sa virginitĂ© avant le mariage ». Encore une allusion clair de la luneCette chanson trĂšs connue et populaire, datant du 18e siĂšcle, a un double sens du dĂ©but Ă  la fin. Dans Au clair de la lune », un garçon ne peut plus travailler le soir car il n’y voit plus rien. Il va donc demander Ă  Pierrot s’il a de la lumiĂšre, mais celui-ci Ă©tant dĂ©jĂ  au lit, lui conseille d’aller demander Ă  la voisine. Le sens cachĂ© renvoie encore une fois Ă  l’intimitĂ© des personnages. La plume, dĂ©formation de lume », lumiĂšre, et la chandelle sont deux symboles phalliques. La mĂ©taphore du feu Ă©voque la passion et l’ardeur sexuelle. Sans oublier des expressions de l’époque On bat le briquet » qui signifie faire l’amour. Et le Lubin » un moine perverti. On est loin de la simple comptine en honneur Ă  n’irons plus au boisNous n'irons plus au bois est une ronde enfantine française créée en 1753 par Madame de Pompadour, pour les enfants du village voisin. La chanson fait rĂ©fĂ©rence Ă  la pratique du libertinage sous Louis XIV et Ă  la fermeture des maisons closes avec notamment la phrase Sautez, dansez, embrassez qui vous voudrez ».Ne pleure pas JeannetteDans cette comptine pour le moins tragique, Jeannette est amoureuse de Pierre, mais ce dernier est en prison. Ses parents veulent alors la marier avec un prince ou un baron, mais cette dĂ©cision la rend malheureuse. Elle demande Ă  ĂȘtre pendue avec son Pierre pour Ă©viter ce triste sort. Ainsi se termine la chanson Et l'on pendouilla Pierre, et sa Jeannette avec ».Un petit cochonDans la chanson Un petit cochon », on comprend vite la douleur endurĂ©e par le pauvre cochon. Il est tout d’abord pendu au plafond, puis on lui tire la queue cinq fois de suite pour qu’il ponde des Ɠufs, donne du lait et encore plus fort pour de l’or.
Parolesde la chanson Seven Up par So La Lune. Ash m'a dit "Level up". J'l'ai fait sous vodka, j'l'ai fait sous Seven up. MĂȘme si elle Ă©tait maudite ma vie. J'vais rien faire Ă  part fumer ma dope. Y a rien Ă  faire, j'vais m'isoler. Dans ma boite Ă  secrets, ï»żC’est l’histoire du roi sous la lune. C’est la nuit et la lune brille. Girafe, Serpent, Tigre, ZĂšbre, Coq et Cygne qui passent par-lĂ , voient un drĂŽle de personnage sous la lune. Il a une couronne, dit Girafe. Il a une couronne, rĂ©pĂštent les autres en cƓur. C’est un roi, dit Girafe. C’est un roi, rĂ©pĂštent les autres en cƓur. Vive le roi, crie Girafe. Vive le roi, rĂ©pĂštent les autres en cƓur. Ils se mettent Ă  danser tous ensemble
RĂ©alisateur Eric Omond / Jean Christophe PrudhommeProducteur JLA ProductionsAnnĂ©e de copyright 2015AnnĂ©e de production 2015PubliĂ© le 01/07/16ModifiĂ© le 16/03/20Ce contenu est proposĂ© par .
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  • le roi du rire est dans la lune